Le Parlement hongrois a adopte lundi 13 juillet un amendement constitutionnel mettant fin au mandat du president Tamas Sulyok, proche de Viktor Orban, par 139 voix pour et 6 contre. Le premier ministre Peter Magyar accelere le demantelement du regime illiberal installe depuis quatorze ans.
L’amendement en 12 points a ete vote lors d’une seance boycottée par le parti Fidesz de Viktor Orban, qui denonce une tentative d’instaurer « un regime autocratique », reproche qui lui a souvent ete adresse par le passe. « Nous avons acheve la reforme constitutionnelle du regime Orban », s’est felicite Peter Magyar a l’issue du vote, rapporte La Croix, confirme par Les Echos et RFI. Les debats parlementaires ont dure plusieurs heures, les deputes Fidesz ayant quitte l’hemicycle avant le scrutin.
Cinq jours pour demissionner
Tamas Sulyok, 70 ans, dispose de cinq jours pour soit demissionner, soit signer l’amendement constitutionnel. En cas de refus, Peter Magyar a promis d’engager une procedure de destitution. Avant le vote, le president a denonce une procedure qui « viole les principes d’Etat de droit, de democratie et de separation des pouvoirs ».
Depuis les Etats-Unis, ou il assiste a la phase finale de la Coupe du monde 2026, Viktor Orban a appele les Hongrois « a resister si le president est evince de force », dans un message sur Facebook rapporte par plusieurs medias.
La majorite des deux tiers pour Magyar
Peter Magyar, dirigeant conservateur pro-europeen, a remporte les elections legislatives d’avril avec une majorite ecrasante. Son parti Tisza detient la majorite des deux tiers des 199 sieges, soit le verrou constitutionnel necessaire pour modifier la Loi fondamentale. Il a promis de demanteler « brique par brique » le systeme mis en place par Viktor Orban, champion de l’ideologie illiberale.
L’amendement prevoit la fin du mandat de Tamas Sulyok des le lendemain de son entree en vigueur, puis l’election d’un nouveau president pour une duree de cinq ans par le Parlement. La mesure est presentee comme transitoire jusqu’a l’adoption d’une nouvelle Constitution, issue d’une consultation publique.
Reactions contrastees
L’amendement a ete critique par des organisations de defense des droits humains. Amnesty International a estime que Tamas Sulyok avait « droit a une procedure reguliere », tandis que Human Rights Watch a juge que ces « bricolages constitutionnels rappellent l’ere Fidesz ».
Le juriste Andras Baka, ancien president de la Cour supreme hongroise dont le mandat avait ete ecourte sous Orban pour avoir exprime son inquietude concernant des reformes judiciaires, estime au contraire justifiee la demarche de Peter Magyar. « Dans un pays regi par l’Etat de droit, de telles mesures extraordinaires ne peuvent pas etre utilisees, mais la Hongrie est devenue un Etat captif sous Orban », a-t-il declare.
Cette destitution du president, intervenant moins de trois mois apres la victoire de Peter Magyar aux legislatives, illustre la rapidite avec laquelle le nouveau gouvernement entend demanteler les structures heritees de l’ere Orban.
Peter Magyar, ancien allie de Viktor Orban devenu son principal opposant, a remporte les elections du 5 avril sur un programme de refonte des institutions et de lutte contre la corruption. Sa victoire a mis fin a quatorze ans de domination sans partage du Fidesz, marques par des reformes contestees de la justice, des medias et de la Constitution.
Les prochains jours diront si Tamas Sulyok choisit la demission ou la confrontation constitutionnelle. L’attention se porte desormais sur la future Constitution qui doit etre elaboree a l’issue d’une consultation publique. Ce processus constituant est presente par Peter Magyar comme la cle de voûte de la normalisation democratique du pays.
