Le PDG de Microsoft, Satya Nadella, alerte les entreprises sur un paradoxe de l’IA : plus elles utilisent des modèles propriétaires, plus elles risquent de perdre le contrôle de leurs données sensibles. Dans un blog post publié le 12 juillet, il appelle à une prise de conscience.
Le PDG de Microsoft, Satya Nadella, a publié dimanche 12 juillet un billet de blog dans lequel il met en garde les entreprises contre les risques liés à l’utilisation de modèles d’IA propriétaires. Selon lui, les sociétés qui adoptent ces technologies paient deux fois leur accès à l’intelligence artificielle.
« Vous payez essentiellement pour l’intelligence deux fois : une fois avec de l’argent, et une autre fois avec quelque chose d’encore plus précieux, les connaissances exclusives que vous devez révéler pour rendre cette intelligence utile », écrit Nadella dans son article intitulé « The Reverse Information Paradox », publié sur la plateforme snscratchpad.com.
Le dirigeant de Microsoft s’inquiète du fait que les entreprises alimentent involontairement les modèles d’IA avec leurs données les plus stratégiques. « Les modèles apprennent des résidus : les instructions que les gens écrivent, les outils que les agents utilisent, et surtout les corrections que les humains apportent quand le modèle se trompe. Chaque correction est distillée en savoir-faire institutionnel », ajoute-t-il. Il qualifie ces informations de « connaissances qu’un concurrent ne pourrait jamais acheter ».
Nadella dénonce par ailleurs ce qu’il considère comme une incohérence : les grands laboratoires d’IA revendiquent un droit d’usage loyal (fair use) pour s’entraîner sur les données publiques du web, tout en imposant des restrictions à leurs clients qui souhaiteraient pratiquer la distillation, une technique qui consiste à le fonctionnement d’un modèle à partir de ses propres réponses. « Je trouve ironique que le statu quo soit d’imposer des conditions restrictives sur la distillation, tout en se réservant le droit d’apprendre des données d’utilisation et d’interaction des clients », écrit-il.
Le patron de Microsoft rejoint ainsi les voix d’Alex Karp, PDG de Palantir, et de Jason Calacanis, investisseur, qui alertent régulièrement sur la dépendance des entreprises aux grands modèles propriétaires. Selon Idit Levine, fondatrice et PDG de Solo.io, les entreprises commencent à se tourner vers des modèles open source hébergés sur leurs propres infrastructures. « Ils comprennent que cela fait près de 90 % de ce que fait le grand modèle, pour beaucoup moins cher, et qu’ils peuvent le contrôler », explique-t-elle à TechCrunch.
Cette tendance se confirme dans les chiffres : les modèles ouverts ont représenté 29 % du trafic transitant par la passerelle d’IA de Vercel en juin 2026, selon des données publiées par l’entreprise. OpenRouter, spécialiste du routage de requêtes entre modèles, observe également une croissance soutenue de la demande pour les alternatives open source.
La solution préconisée par Nadella consiste pour les entreprises à « conserver la propriété » de leurs données, y compris les instructions, commentaires et corrections, et à construire leurs propres environnements d’apprentissage sur le cloud, ce qui en pratique pourrait profiter à Azure. Il encourage également la mise en place de « couches d’orchestration » permettant de basculer facilement entre différents modèles d’IA plutôt que d’être verrouillé chez un seul fournisseur. Des outils comme les « passerelles d’IA » connaissent d’ailleurs une popularité croissante auprès des entreprises.
Le paradoxe est de taille : Microsoft est à la fois l’un des principaux investisseurs d’OpenAI et d’Anthropic, et son PDG appelle désormais à la prudence vis-à-vis des modèles propriétaires que ces mêmes sociétés commercialisent. Une position qui pourrait accélérer le mouvement déjà amorcé vers les modèles open source hébergés en local. « En consommant de l’intelligence, vous créez de l’intelligence. Et ce que vous créez devrait vous appartenir », conclut Nadella dans son billet.
