Le Fonds monétaire international (FMI) a publié mardi une note dans laquelle il alerte sur le niveau d’endettement des pays européens. Sans réformes structurelles et réduction des déficits, la dette publique européenne devrait doubler d’ici 2040 pour atteindre 130 % du PIB en moyenne.
Dans cette note publiée le 13 juillet 2026, le FMI estime que la trajectoire actuelle de la dette européenne est « explosive ». L’institution basée à Washington prévient que même avec des réformes rapides, le niveau d’endettement est désormais si élevé qu’une « remise en question du rôle des gouvernements pourrait être inévitable dans certains pays ».
Douze des vingt-sept États membres de l’Union européenne affichent un ratio dette/PIB supérieur au seuil de 60 % fixé par Bruxelles. Plusieurs grandes économies, dont l’Italie, la France et l’Espagne, présentent un taux d’endettement supérieur à 100 % du PIB, selon les données du FMI.
Cette hausse de l’endettement intervient alors que les gouvernements européens sont de plus en plus contraints de soutenir le vieillissement de la population tout en stimulant les investissements stratégiques, notamment dans les technologies vertes et la défense. En 2025, l’ancien président de la Banque centrale européenne Mario Draghi avait estimé que l’UE devait augmenter ses investissements annuels d’au moins 800 milliards d’euros pour ne pas se laisser distancer par les États-Unis et la Chine.
Le FMI suggère que des réformes « favorables à la croissance » pourraient largement compenser la nécessité de réduire les déficits. Ces mesures comprennent l’approfondissement du marché unique européen pour les capitaux et l’énergie, ainsi que la rationalisation des réglementations. L’organisation note toutefois qu’un ensemble de réformes « modérées » ne suffirait probablement pas à rétablir la soutenabilité de la dette dans de nombreux États membres.
Environ un quart des pays européens devraient réduire leurs dépenses nettes de plus d’un point de pourcentage du PIB chaque année pendant cinq ans, selon les calculs du FMI. Ce rythme d’assainissement budgétaire est nettement supérieur à celui observé dans les pays européens au cours des dernières décennies. L’organisation indique que « dans ces pays, un débat sur la portée et la viabilité du modèle européen semble inévitable ».
Le FMI évoque la possibilité que les gouvernements cherchent à « différencier les services de base et les services premium » dans des domaines tels que les retraites, l’éducation et la santé. Seuls les services de base resteraient financés par les pouvoirs publics et accessibles gratuitement. L’organisation prévoit que de telles mesures risquent de se heurter à une forte résistance de la part de la population, le sentiment anti-gouvernemental étant déjà alimenté dans plusieurs pays de l’UE par la détérioration des services publics et la désindustrialisation.
Alfred Kammer, directeur du département Europe du FMI, a reconnu que « certaines parties » de la population européenne pourraient percevoir les réformes proposées comme « douloureuses », ajoutant qu’il fallait « faire face à cette douleur ». L’institution souligne que les coûts d’emprunt relativement bas et des recettes fiscales plus importantes signifient que la plupart des gouvernements de l’UE peuvent maintenir un ratio d’endettement de 90 % sans compromettre leur stabilité financière.
Les pays du sud de l’Europe figurent parmi les plus vulnérables. L’Italie affiche un ratio dette/PIB supérieur à 140 %, tandis que la France dépasse 112 % et l’Espagne 108 %. La Grèce, bien qu’en amélioration depuis la crise de 2015, conserve un taux d’endettement supérieur à 160 %. Ces niveaux contraignent les marges de manœuvre budgétaires des gouvernements, notamment face aux exigences de dépenses liées à la transition énergétique et au réarmement européen.
La Commission européenne a révisé en 2025 son cadre de gouvernance budgétaire, assouplissant les trajectoires de réduction de la dette pour les États membres engagés dans des réformes et des investissements. Cette nouvelle flexibilité n’a toutefois pas modifié les projections du FMI, qui estime que des mesures correctives supplémentaires seront nécessaires dans la majorité des pays de la zone euro.
