La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a ordonné à la compagnie aérienne low-cost espagnole Volotea de mettre fin à sa politique de tarifs flexibles, qui permettait d’augmenter le prix des billets après leur achat.
Un « engagement de voyage équitable » sous surveillance
Depuis mi-mars 2026, Volotea appliquait ce qu’elle présentait comme un « engagement de voyage équitable ». Ce mécanisme lui permettait d’ajuster le prix des billets après paiement, à la hausse ou à la baisse, en fonction de l’évolution du cours du pétrole. Le baril de Brent valait alors environ 100 dollars, dans un contexte d’instabilité au Moyen-Orient ayant fait grimper les prix de l’énergie. Avant le conflit, le Brent oscillait entre 75 et 80 dollars, rendant ce type de clause particulièrement désavantageux pour les consommateurs qui avaient déjà réservé leur vol.
Ce système fonctionnait de la manière suivante : si le cours du Brent passait sous la barre des 65 dollars, Volotea s’engageait à rembourser une partie du billet à ses clients. En revanche, au-delà de 75 dollars, le prix était augmenté. Or, au lancement de cette politique mi-mars, le Brent évoluait autour de 100 dollars, rendant l’application de la hausse presque systématique pour les passagers concernés.
Un supplément allant jusqu’à 14 euros
Les clients concernés devaient s’acquitter d’un supplément pouvant atteindre 14 euros pour pouvoir s’enregistrer sur leur vol. Selon Volotea, 97 % des passagers concernés avaient choisi de confirmer leur réservation et de payer la somme demandée. La compagnie présentait ce taux d’acceptation comme une preuve de l’adhésion des voyageurs à son dispositif, un argument que les associations de consommateurs contestaient vivement.
Plusieurs médias et associations avaient relayé des témoignages de passagers découvrant au moment de l’enregistrement en ligne un supplément inattendu, sans avoir été clairement informés au moment de la réservation. Le ministre des Transports, interrogé en mai, avait jugé la pratique « peut-être illicite », ouvrant la voie à une enquête approfondie des autorités.
Injonction et mise en conformité
Le service national des enquêtes de la DGCCRF a enjoint Volotea de cesser ces pratiques, sous peine d’une astreinte de 3 000 euros par jour de retard en cas d’inexécution, a indiqué l’autorité dans un communiqué vendredi 10 juillet. La compagnie s’est mise en conformité à l’issue de cette mesure, a précisé la DGCCRF, sans autre détail sur le calendrier exact du retrait du dispositif.
Cette décision intervient alors que plusieurs associations de consommateurs et le ministre des Transports avaient jugé cette pratique illicite ces derniers mois. Volotea, qui dessert principalement des destinations en France, en Italie, en Espagne et en Grèce, est la seule compagnie en Europe à avoir mis en place un tel mécanisme d’ajustement des prix après achat.
Un précédent pour le secteur aérien ?
La décision de la DGCCRF pourrait faire jurisprudence dans le secteur aérien européen. Plusieurs compagnies low-cost observent attentivement l’évolution des cours du carburant, qui représente l’un des principaux postes de coûts des transporteurs. Les compagnies aériennes couvrent traditionnellement ce risque par des contrats de hedging financier, et non par des clauses d’ajustement répercutées sur les consommateurs après la vente. Selon des données du secteur, le kérosène représente entre 25 % et 35 % des coûts d’exploitation d’une compagnie low-cost, ce qui explique la sensibilité des transporteurs aux fluctuations pétrolières.
Selon les informations disponibles, aucune autre compagnie opérant en France ou en Europe n’avait adopté un mécanisme similaire à celui de Volotea. La pratique avait suscité l’incompréhension des associations de défense des consommateurs, qui estimaient qu’elle contrevenait au code de la consommation en modifiant un élément fondamental du contrat après sa conclusion.
