Les députés hongrois ont approuvé, mardi 23 juin, un ensemble de mesures visant à lutter contre la corruption. Ce vote s’inscrit dans le cadre des réformes du nouveau Premier ministre, Peter Magyar, et ouvre la voie au déblocage de plus de 16 milliards d’euros de fonds européens gelés.
La loi anti-corruption a été adoptée par 142 voix pour, 39 contre et 3 abstentions. Le parti Tisza, dirigé par Peter Magyar, dispose de plus des deux tiers des sièges au Parlement, ce qui lui permet de modifier des lois clés et d’amender la Constitution sans le soutien de l’opposition.
Ces textes s’inscrivent dans la vaste offensive de réformes menée par Peter Magyar depuis son arrivée au pouvoir en avril 2026, après avoir délogé Viktor Orban, au pouvoir depuis seize ans. Conservateur pro-européen, Magyar a promis un « changement de régime » et fait de la lutte contre la corruption l’une de ses priorités.
L’Union européenne avait annoncé fin mai qu’elle allait débloquer plus de 16 milliards d’euros destinés à la Hongrie. Ces fonds étaient gelés en raison des atteintes à l’État de droit sous le précédent gouvernement. Le déblocage était conditionné à l’adoption de réformes pour s’attaquer aux problèmes liés à la corruption et à l’État de droit, rapporte Franceinfo, confirmé par l’AFP.
La loi élargit les pouvoirs juridiques de l’Autorité pour l’intégrité, un organisme de lutte contre la corruption créé fin 2022 dans le cadre d’un précédent paquet de réformes imposé par l’UE mais resté une coquille vide. Désormais, cet organisme contrôlera les déclarations de patrimoine et pourra notamment demander des enquêtes anti-corruption à la justice. Le texte prévoit également des exigences de transparence plus strictes concernant la structure de propriété des fonds de capital-investissement.
Au-delà de ces mesures législatives, Peter Magyar a annoncé la création d’un Office national de protection et de recouvrement des avoirs, chargé d’enquêter sur les soupçons de détournement de fonds publics au cours des deux dernières décennies. Le gouvernement prévoit de modifier 47 lois pour jeter les bases juridiques de ce nouvel office, dans le cadre de ce que le Premier ministre a qualifié d’« opération purgatoire ».
Selon Peter Magyar, la corruption a coûté aux Hongrois entre 8 % et 10 % du produit intérieur brut ces dernières années. Le député Gergely Gulyas, membre du Fidesz, l’ancien parti au pouvoir, a qualifié le discours de Magyar de « calomnieux et consternant ».
Le plan du gouvernement comprend également un amendement constitutionnel visant à destituer le président Tamas Sulyok, accusé par Peter Magyar d’avoir soutenu l’ancien régime de Viktor Orban. Le Parlement élira un nouveau président pour un mandat maximal de cinq ans si la destitution aboutit. Une révision constitutionnelle approfondie, comprenant des consultations publiques, débutera à l’automne. La nouvelle Constitution sera soumise à un référendum.
Plusieurs modifications législatives fixeront à 70 ans la limite d’âge des juges de la Cour constitutionnelle, qui peut bloquer certaines lois. Peter Polt, un allié de Viktor Orban, devrait ainsi quitter ses fonctions de procureur en chef. Le nouveau gouvernement prévoit également de relever l’âge de la retraite des juges, afin de renouveler en profondeur l’appareil judiciaire hongrois.
Le Fidesz, l’ancien parti au pouvoir, a vivement critiqué ces réformes. Le député Gergely Gulyas a dénoncé ce qu’il considère comme une « purge politique » visant les alliés de l’ancien régime. Peter Magyar a répondu en affirmant que son gouvernement agissait dans le cadre légal et que ces mesures étaient nécessaires pour restaurer la confiance des citoyens et des partenaires européens dans les institutions hongroises.
Sur le plan européen, cette adoption constitue une étape importante dans le rapprochement entre Budapest et Bruxelles. Les fonds débloqués, représentant environ 8 % du PIB hongrois, devraient soutenir des projets d’infrastructure, de transition énergétique et de numérique. La Commission européenne a salué ces avancées tout en appelant à une mise en œuvre « complète et irréversible » des réformes.
