Un mois après la déclaration de la 17e épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo, Médecins sans frontières alerte sur des « dangereuses lacunes » dans la réponse sanitaire. La maladie progresse plus rapidement que les capacités déployées sur le terrain.
Un mois après le début de l’épidémie
L’épidémie d’Ebola a été officiellement déclarée le 15 mai 2026 en République démocratique du Congo. Il s’agit de la 17e épidémie de ce type dans ce pays de plus de 100 millions d’habitants. Le virus en cause est la souche Bundibugyo, pour laquelle il n’existe ni vaccin approuvé ni traitement spécifique.
Deux jours après la déclaration, le 17 mai, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a classé cette épidémie comme urgence de santé publique de portée internationale. Un premier cas a été confirmé à Goma le même jour, puis au Sud-Kivu le 21 mai.
Selon les chiffres de l’OMS, 782 cas ont été recensés et 181 décès ont été enregistrés. MSF précise que ces données, qui datent du début du mois de juin, « ne reflètent probablement qu’une partie de la réalité », en raison des lacunes persistantes dans le dépistage et la surveillance.
L’épicentre se situe dans la province de l’Ituri, qui concentre plus de 90 % des cas. L’Ouganda voisin a également rapporté 16 cas et un décès, après qu’un patient congolais est mort du virus à Kampala le 14 mai.
Des lacunes majeures dans le dépistage
Dans un communiqué publié le 15 juin, Kate White, coordinatrice médicale d’urgence de MSF en RDC, a dressé un constat sans appel : « Un mois après la déclaration d’épidémie, la maladie progresse plus rapidement que la réponse. »
Le dépistage reste la principale faiblesse identifiée par l’ONG. « Personne ne connaît l’ampleur réelle de l’épidémie en RDC, ni quelles sont précisément les zones où le virus circule », a ajouté Kate White.
MSF pointe également des insuffisances dans la recherche des contacts. Le taux de traçage est passé d’environ 45 % fin mai à plus de 70 % au début du mois de juin, une amélioration notable mais encore jugée insuffisante par l’organisation.
L’arrivée récente de centaines de tests mobiles spécifiques au virus Bundibugyo dans l’est de la RDC constitue une avancée. L’OMS a estimé le 12 juin que « la situation s’améliore » sur le volet du traçage des contacts. L’agence onusienne a toutefois souligné que des efforts supplémentaires restent nécessaires.
Des centres de traitement dans trois provinces
Face à la situation, MSF a déployé plusieurs centaines de personnels en RDC et en Ouganda. L’organisation gère des centres de traitement à Mongbwalu (52 lits), dans la province de l’Ituri, et à Goma (80 lits), dans le Nord-Kivu. Des unités de soins sont également en construction à Bukavu et Lwiro, au Sud-Kivu.
En Ouganda, MSF a réhabilité un centre de 32 lits à Kampala et rénové une unité d’isolement de 14 lits à Bwera, près de la frontière congolaise.
La réponse humanitaire est compliquée par le contexte sécuritaire de l’est de la RDC. La région est marquée par des décennies de conflits armés, la présence de groupes armés, des barrages et des déplacements de population, qui entravent l’accès aux zones touchées.
Par ailleurs, MSF rappelle que l’épidémie d’Ebola n’est pas la seule urgence sanitaire à laquelle la RDC fait face. Le paludisme, le choléra et la rougeole continuent d’y provoquer des taux de morbidité et de mortalité élevés, dans un contexte de système de santé fragilisé.
L’OMS maintient sa classification d’urgence de santé publique de portée internationale, déclarée le 17 mai. L’organisation rappelle que lors des deux précédentes flambées de Bundibugyo, en Ouganda en 2007-2008 et en RDC en 2012, le taux de létalité avait oscillé entre 25 % et 40 %.
