Nommé jeudi 18 juin à la présidence de l’Autorité nationale des jeux (ANJ), Pascal Chèvremont hérite d’un dossier brûlant : l’explosion des publicités pour les paris sportifs en pleine Coupe du monde 2026. Sans plaider pour une interdiction pure et simple, il mise sur un renforcement progressif de la régulation.
Contrôleur général à Bercy proposé par Emmanuel Macron, Pascal Chèvremont a été nommé à la tête de l’ANJ après deux auditions devant les commissions des finances de l’Assemblée nationale et du Sénat, rapporte LCP. Il succède à Isabelle Falque-Pierrotin, dont le mandat arrivait à échéance, à la tête de cette autorité administrative indépendante créée en 2020.
Pas de « loi Évin », mais des améliorations progressives
Interrogé sur l’opportunité d’un équivalent de la loi Évin, qui encadre la promotion de l’alcool et du tabac, pour les paris sportifs, Pascal Chèvremont n’a pas plaidé pour une évolution législative immédiate. « On a une régulation de la promotion qui doit être améliorée, mais qui commence à être assez solide », a-t-il déclaré lors de son audition, selon LCP, ajoutant que l’ANJ « utilisera tous les instruments qui sont à sa disposition ».
Cette position intervient alors que le député Emmanuel Duplessy (Écologiste et social) a déposé une proposition de loi visant à interdire la publicité pour les paris sportifs pendant les matchs et sur les réseaux sociaux. « L’ANJ a approuvé cette année des stratégies promotionnelles en augmentation de près de 25 %, pour atteindre quasiment les 800 millions d’euros », a-t-il détaillé, cité par LCP. Le texte doit être examiné le 29 juin à l’Assemblée nationale.
Une hausse de 25 % des budgets promotionnels
L’ANJ a constaté une hausse de plus de 25 % des budgets promotionnels des opérateurs de jeux d’argent pour 2026, portée par le calendrier sportif exceptionnel de la Coupe du monde, avec 104 matchs répartis dans 16 villes des États-Unis, du Canada et du Mexique, du 11 juin au 19 juillet. Les bonus représentaient déjà 60 % des budgets promotionnels globaux du secteur, avec une hausse de 23 % l’an dernier, indique Tirage Gagnant.
La FIFA a instauré des pauses d’hydratation systématiques de trois minutes à chaque mi-temps, créant de nouveaux espaces publicitaires au cœur des matchs. M6, diffuseur principal des 54 meilleures affiches du Mondial en France, a annoncé qu’il ne commercialiserait pas ces pauses auprès des annonceurs de jeux d’argent, rapporte le régulateur. Le président du groupe M6, David Larramendy, a confirmé qu’une minute de publicité serait commercialisée lors de chaque pause, mais hors du secteur des jeux.
Priorités : lutte contre le jeu illégal et protection des mineurs
Parmi ses axes de travail, Pascal Chèvremont a identifié la lutte contre les plateformes illégales et la protection des mineurs comme chantiers prioritaires. Environ 15 % des mineurs seraient détectés en situation de jeu illégal, profitant de failles lors de la création de comptes. « Plusieurs pistes de progrès sont envisageables », a-t-il indiqué, citant le recours aux outils de lutte contre la fraude documentaire et l’accélération des procédures de vérification identitaire.
Selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), 15,3 % des parieurs sportifs présentent un comportement de jeu problématique, tandis que 18 % des 18-24 ans pratiquent les paris sportifs. L’ANJ réclame par ailleurs au législateur l’instauration d’un « whistle to whistle ban », soit l’interdiction des publicités pour les paris sportifs avant, pendant et après les matchs, sur le modèle existant dans plusieurs pays européens.
Dans son audition, Pascal Chèvremont a estimé qu’il était préférable d’orienter les joueurs à risque vers des opérateurs légaux soumis à des obligations de prévention et d’accompagnement, plutôt que de les laisser sur des plateformes illégales sans aucun contrôle. « Je trouve préférable que des joueurs en risque de jeu excessif, majoritaires sur ces plateformes illégales, plutôt que d’être laissés à l’abandon chez ces opérateurs, puissent être traités, c’est-à-dire identifiés et accompagnés par des opérateurs légaux », a-t-il déclaré, cité par LCP.
