Le président bolivien Rodrigo Paz a conclu vendredi 19 juin un accord avec la principale centrale syndicale du pays après plus de six semaines de protestations réclamant sa démission, même si certains secteurs maintiennent leur mobilisation.
Début mai, la Centrale ouvrière bolivienne (COB), principal syndicat du pays représentant les secteurs minier, industriel et des transports, avait entamé un mouvement de contestation pour protester contre l’absence de réponses gouvernementales à la crise économique que traverse le pays, la plus grave depuis quarante ans. Le mouvement s’est rapidement étendu, entraînant des pénuries de nourriture, de médicaments et de carburant dans plusieurs villes du pays, notamment à La Paz, sa capitale administrative, et dans la ville voisine d’El Alto. Les hôpitaux publics ont signalé des difficultés d’approvisionnement tandis que les transports terrestres et aériens ont subi des perturbations sur l’ensemble du territoire.
« À partir de maintenant, les mesures de pression sont levées au niveau national », a annoncé le dirigeant de la COB Mario Argollo à la presse après la signature de l’accord « pour la pacification et le redressement du pays ».
Rodrigo Paz a défendu sa stratégie de négociation plutôt que le recours à la force. « Le dialogue est toujours une option, la première option. La force n’est destinée qu’à ceux qui choisissent la violence », a-t-il déclaré. « Le dialogue est plus fort que la force elle-même », a-t-il insisté.
Les paysans, les populations indigènes, ainsi que les ouvriers des usines et des mines ont progressivement rejoint le mouvement de contestation, rejetant les propositions de réformes du président de centre droit. Son arrivée au pouvoir en novembre 2025 a mis fin à vingt années de gouvernements socialistes sous Evo Morales puis Luis Arce. Les protestataires fustigent également l’absence de solutions pour sortir de la pire crise économique qu’ait connue le pays depuis quatre décennies, marquée par une inflation galopante, une chute des réserves de change et une diminution de la production de gaz naturel, principale ressource d’exportation du pays.
Tous les secteurs mobilisés n’ont pas adhéré à cet accord. Des groupes paysans, ainsi que les cultivateurs de coca du Chapare, fief de l’ancien président Evo Morales (2006-2019), dans le centre du pays, poursuivent leur mobilisation.
« Nous avons décidé de durcir les barrages routiers », a déclaré à la chaîne de télévision Unitel le dirigeant d’un des principaux syndicats paysans du pays, Antonio Mallku. « Les frères indigènes se sont sentis trahis » par Mario Argollo et la COB, a-t-il ajouté. Le nombre de barrages, qui avait dépassé la centaine il y a une semaine, a été réduit de moitié ces derniers jours et le gouvernement espère qu’il continuera à diminuer.
Selon les termes de l’accord, le gouvernement s’est notamment engagé à ne pas privatiser les entreprises publiques, une revendication majeure des syndicats. Des groupes de travail réunissant ministres et responsables syndicaux doivent être mis en place pour examiner plusieurs revendications du mouvement, notamment le sort des personnes interpellées lors des affrontements avec les forces de l’ordre.
Selon le Défenseur du peuple, plus d’une centaine de personnes ont été arrêtées depuis le début des manifestations. Mario Argollo a assuré que l’accord laissait au gouvernement 90 jours pour avancer sur plusieurs revendications syndicales. « La balle est désormais dans son camp », a-t-il ajouté, précisant que la COB évaluera les progrès réalisés à l’issue de ce délai. Le gouvernement accuse régulièrement l’ancien président Evo Morales d’avoir encouragé les manifestations et les blocages dans l’objectif de déstabiliser l’exécutif. Mario Argollo a pour sa part assuré à plusieurs reprises que l’ancien président, qui a gouverné le pays de 2006 à 2019, n’avait jamais dirigé le mouvement.
