Le parquet national financier (PNF) a ouvert une enquête préliminaire pour fraude fiscale aggravée visant le groupe Altrad, spécialisé dans les matériels de construction. Des perquisitions ont été menées la semaine dernière dans plusieurs sites en France.

L’enquête, annoncée lundi 22 juin par le PNF, a été ouverte à la suite d’une plainte de l’administration fiscale déposée mi-avril 2026. Les infractions visées sont la fraude fiscale aggravée et le blanchiment de fraude fiscale aggravée en bande organisée, selon une source judiciaire. Les investigations ont été confiées à la division des affaires économiques et financières.
Les perquisitions ont mobilisé une cinquantaine d’enquêteurs et ont été conduites dans divers lieux en France, notamment au siège du groupe à Montpellier (Hérault), ainsi que dans plusieurs filiales régionales. Les auditions des personnes physiques se sont déroulées sous le régime de l’audition libre, sans placement en garde à vue, a précisé le PNF. Aucune interpellation n’a eu lieu à ce stade de la procédure.
Un groupe industriel de premier plan
Fondé par Mohed Altrad, le groupe est un spécialiste des services à l’industrie du bâtiment et des travaux publics. Il a réalisé en 2025 un chiffre d’affaires d’environ 6 milliards d’euros et emploie 65 000 salariés dans plus de 120 pays. Ses activités couvrent l’échafaudage, le coffrage, l’outillage et les équipements de sécurité pour le BTP.
Le groupe s’est constitué par une série d’acquisitions depuis les années 2000, absorbant plusieurs concurrents européens et moyen-orientaux. Cette croissance externe rapide lui a permis de s’imposer comme l’un des leaders mondiaux de son secteur, mais elle a également attiré l’attention des autorités fiscales sur les montages juridiques et financiers mis en place.
Mohed Altrad, président du groupe, a été sollicité par l’AFP mais n’a pas réagi dans l’immédiat à l’ouverture de cette enquête. Il est également propriétaire du club de rugby de Montpellier (MHR), qui affrontera le Stade Toulousain en finale du Top 14 samedi 27 juin.
Un historique judiciaire déjà chargé
Ce n’est pas la première procédure judiciaire visant le dirigeant. En décembre 2022, Mohed Altrad avait été reconnu coupable par le tribunal correctionnel de Paris d’avoir noué un pacte de corruption avec Bernard Laporte, alors président de la Fédération française de rugby. Il avait écopé d’une peine de dix-huit mois d’emprisonnement avec sursis et de 50 000 euros d’amende. Les deux hommes doivent être rejugés en appel en septembre 2026.
Cette précédente condamnation portait sur des soupçons de favoritisme dans l’attribution de contrats de sponsoring entre Altrad et la FFR. Le dossier avait été instruit par le PNF, déjà saisi de l’affaire.
Un montage présumé avec un hub à Dubaï
Selon les informations du Parisien, les enquêteurs s’intéressent notamment à un hub basé à Dubaï qui pourrait être au coeur du dispositif de fraude présumé. Des flux financiers auraient transité par les Emirats arabes unis, possiblement pour dissimuler une partie des bénéfices du groupe et échapper à l’impôt en France.
Le PNF n’a pas confirmé ces éléments, l’enquête étant en cours et soumise au secret de l’instruction. L’administration fiscale, à l’origine de la plainte, suspecte un mécanisme de fraude organisée sur plusieurs exercices.
Des montants potentiellement élevés
Les investigations devront déterminer l’ampleur du préjudice fiscal et l’éventuelle implication d’autres personnes physiques ou morales dans le montage présumé. Selon une source proche du dossier, les montants en jeu seraient significatifs au regard de la taille du groupe, qui pèse 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires.
Cette enquête s’inscrit dans un contexte de renforcement des moyens du PNF et de l’administration fiscale dans la lutte contre la fraude fiscale internationale. Plusieurs grandes entreprises françaises ont fait l’objet de perquisitions similaires ces dernières années dans le cadre de procédures pour fraude fiscale aggravée.
L’enquête préliminaire devra déterminer si les éléments recueillis justifient l’ouverture d’une information judiciaire, ce qui permettrait aux juges d’instruction de disposer de moyens d’investigation plus étendus.
