Le Pakistan a mené dans la nuit de dimanche à lundi des frappes aériennes dans l’est de l’Afghanistan, faisant au moins 25 morts parmi une faction dissidente des talibans pakistanais. L’opération intervient en représailles à une attaque meurtrière contre un camp militaire à Karachi.
Des frappes de précision dans trois provinces
Selon le ministre pakistanais de l’Information, Attaullah Tarar, les frappes ont visé «trois cibles situées dans les provinces de Paktia, Paktika et Kunar», dans l’est de l’Afghanistan. M. Tarar a précisé qu’il s’agissait de «frappes de précision» ayant tué au moins 25 personnes. L’offensive comprenait également des opérations terrestres dans les régions frontalières, a-t-il ajouté dans un communiqué.
La cible était le Jamaat-ul-Ahrar, une faction radicale tantôt affiliée tantôt dissidente des talibans pakistanais du Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP). Les attaques de ce groupe se sont multipliées ces dernières années au Pakistan, où il est considéré comme l’une des menaces sécuritaires les plus pressantes pour les autorités.
Le recours à des opérations combinées aéroterrestres marque une intensification de la stratégie pakistanaise, qui cherche à frapper les sanctuaires présumés des groupes armés de l’autre côté de la frontière, une approche déjà employée à plusieurs reprises depuis le début de l’année.
Une attaque préalable à Karachi
Ces frappes font suite à une attaque menée samedi soir contre un camp de la force paramilitaire des Rangers pakistanais à Karachi, la capitale économique du Sindh. Dans un communiqué publié dimanche, les Forces armées pakistanaises ont attribué cette attaque «lâche» au groupe Jamaat-ul-Ahrar, qui n’a pas revendiqué l’opération.
La mégapole de Karachi, poumon économique du Pakistan, a été le théâtre de plusieurs attaques ces dernières années. Les Rangers y mènent des opérations de sécurisation régulières, en particulier dans les quartiers périphériques où les groupes armés conservent des réseaux dormants.
Escalade à la frontière afghano-pakistanaise
Le Pakistan mène une série de frappes contre l’Afghanistan depuis plusieurs mois, la dernière remontant à début juin 2026. Le gouvernement pakistanais accuse régulièrement Kaboul d’accueillir des combattants du TTP, qui ont revendiqué des attaques meurtrières sur le sol pakistanais. Les autorités talibanes afghanes démentent ces accusations et affirment ne pas contrôler l’ensemble des groupes actifs sur leur territoire.
Cette région frontalière, marquée par la ligne Durand héritée de la période coloniale britannique, reste l’une des zones les plus instables d’Asie. Les incursions militaires et les échanges de tirs entre les deux pays sont fréquents, alimentés par la présence de multiples factions armées qui traversent régulièrement la frontière poreuse.
Les relations entre Islamabad et Kaboul se sont tendues après le retour des talibans au pouvoir en Afghanistan en août 2021. Le Pakistan, qui avait soutenu les premières négociations de paix avec les talibans, s’estime désormais trahi par l’incapacité ou le refus du nouveau régime afghan d’empêcher les attaques transfrontalières du TTP.
Les talibans afghans dénoncent une «agression»
Le porte-parole du gouvernement taliban, Zabihullah Mujahid, a déclaré lundi que les frappes menées dans la nuit avaient tué ou blessé des dizaines de civils. Il a qualifié l’opération militaire pakistanaise d’«acte d’agression lâche» dans un message publié sur le réseau social X, promettant que Kaboul ne resterait pas passif face à ce qu’il présente comme une violation de souveraineté.
Plusieurs médias internationaux, dont Le Monde, France 24 et Le Temps, ont confirmé la tenue de ces frappes ainsi que les échanges d’accusations entre Islamabad et Kaboul. Ces sources rapportent que la communauté internationale suit avec inquiétude l’escalade, dans une région déjà fragilisée par des décennies de conflit.
Le conflit frontalier entre le Pakistan et l’Afghanistan trouve ses racines dans des contentieux anciens, mais connaît une intensification marquée depuis 2025, avec une multiplication des frappes aériennes et des opérations terrestres de part et d’autre de la ligne Durand. Les observateurs redoutent que cette dynamique n’entraîne un embrasement régional plus large.
