Washington a informé le fabricant néerlandais ASML de ses craintes concernant la présence en Chine d’une machine de lithographie ultraviolette extrême (EUV), un équipement dont l’exportation est interdite vers ce pays depuis 2018. La société conteste.
Selon des informations rapportées par Bloomberg et confirmées par plusieurs médias américains, le secrétaire au Commerce américain, Howard Lutnick, a exprimé lors de récents entretiens avec des dirigeants d’ASML son inquiétude quant à la possibilité qu’une machine EUV, le seul outil au monde capable de graver les motifs les plus avancés sur les puces électroniques, se trouve en Chine. Une telle situation constituerait une violation majeure des contrôles à l’exportation imposés par Washington depuis la première administration Trump.
Les machines EUV d’ASML, qui valent plusieurs centaines de millions de dollars chacune, sont au cœur de la production des semi-conducteurs les plus avancés. Les États-Unis interdisent leur vente à la Chine depuis 2018, une restriction renforcée sous l’administration Biden puis maintenue par l’administration Trump. Aucune machine EUV n’a officiellement été livrée en Chine à ce jour.
Des responsables de l’administration américaine ont indiqué à Bloomberg disposer d’éléments suggérant qu’ASML a expédié en Chine des composants liés aux systèmes EUV ainsi que des équipements de transport. Ils ont toutefois refusé de présenter ces éléments, ni à Bloomberg ni, semble-t-il, à ASML elle-même.
Le groupe néerlandais dément formellement. ASML affirme qu’aucune machine EUV ne se trouve en Chine et n’y a jamais été livrée. La société n’a pas commenté les allégations concernant l’expédition de composants ou d’équipements de transport.
Le département au Commerce américain n’a pas répondu aux questions de Bloomberg sur l’existence d’une preuve directe de la présence d’un système EUV complet sur le sol chinois.
Cette affaire intervient dans un contexte de tension croissante autour des semi-conducteurs, secteur considéré comme stratégique par Washington et Pékin. Les États-Unis ont multiplié les restrictions à l’exportation de technologies avancées vers la Chine depuis 2022, tandis que Pékin investit massivement dans sa propre filière de production de puces.
Les machines EUV d’ASML sont considérées comme le maillon le plus important de la chaîne d’approvisionnement mondiale des semi-conducteurs. Leur absence en Chine limite la capacité de Pékin à produire des puces de dernière génération, un enjeu central dans la compétition technologique entre les deux puissances.
La technologie EUV (extreme ultraviolet) utilise des longueurs d’onde de 13,5 nanomètres pour imprimer les motifs les plus fins sur les wafers de silicium. ASML est le seul fabricant mondial de ces machines, dont le développement a nécessité plusieurs décennies et des investissements de plusieurs milliards d’euros. Chaque système EUV peut peser plus de 180 tonnes et nécessite une chaîne logistique complexe pour son transport et son installation.
La Chine a tenté de développer ses propres alternatives à la technologie EUV via des instituts de recherche comme l’Académie chinoise des sciences, mais aucun prototype fonctionnel n’a été présenté à ce jour. Pékin a également accru ses investissements dans les semi-conducteurs legacy, moins avancés mais toujours essentiels pour l’industrie automobile et l’électronique grand public.
L’enquête de Bloomberg, reprise par TechCrunch le 19 juin, n’apporte à ce stade aucune preuve définitive de la présence d’une machine EUV en Chine. Aucune source indépendante n’a confirmé l’existence d’un tel équipement sur le territoire chinois. Le secrétariat au Commerce n’a pas donné suite aux sollicitations de Bloomberg concernant d’éventuelles preuves directes.
