Blue Origin, la société spatiale fondée par Jeff Bezos, lève 10 milliards de dollars dans le cadre de son premier financement externe, pour une valorisation de 130 milliards de dollars. L’opération est menée par le fonds d’investissement Coatue Asset Management.
Coatue devrait investir environ 4 milliards de dollars dans ce tour de table, selon des informations rapportées par le New York Times et confirmées par CNBC, Reuters et Bloomberg. Jeff Bezos s’est engagé à hauteur de 2 milliards de dollars, et d’autres investisseurs compléteront le montant restant, précise TechCrunch. Aucune des parties n’a officiellement commenté l’opération au moment de la publication.
Cette levée de fonds, la première en vingt-six ans d’existence pour l’entreprise fondée en 2000, intervient après un incident majeur sur son lanceur phare. La fusée New Glenn a explosé fin mai lors d’essais en Floride, alors qu’elle se préparait pour son quatrième lancement. L’entreprise n’avait pas identifié la cause de l’explosion la semaine suivante, mais maintient son calendrier de lancements pour le second semestre 2026. Blue Origin doit également reconstruire son pas de tir à Cap Canaveral, le seul capable d’accueillir ce lanceur lourd de 98 mètres de haut, l’un des plus puissants au monde.
La remise en service de New Glenn est une priorité stratégique pour Blue Origin, qui a recentré l’intégralité de ses activités sur le programme Artemis de la NASA vers la Lune. L’entreprise a suspendu ses vols de tourisme spatial en janvier 2026 pour concentrer ses ressources sur les missions lunaires habitées, pour lesquelles New Glenn doit jouer un rôle central dans l’acheminement de charge utile vers le sol lunaire.
Blue Origin développe également un réseau internet par satellite, dévoilé en début d’année sous le nom TeraWave, qui doit fournir une connectivité à 6 térabits par seconde via des milliers de satellites destinés aux clients institutionnels, gouvernementaux et aux exploitants de datacenters. La société explore aussi le marché des datacenters en orbite, un secteur émergent qui vise à déporter des capacités de calcul dans l’espace pour répondre à la demande croissante en infrastructure dédiée à l’intelligence artificielle. Plusieurs acteurs technologiques étudient cette piste, qui permettrait de contourner les contraintes énergétiques et foncières des datacenters terrestres.
Cette levée de fonds fait suite à l’introduction en Bourse de SpaceX le mois dernier, qui a permis au concurrent direct de Blue Origin de lever plus de 85 milliards de dollars pour une valorisation de 1 750 milliards de dollars. Blue Origin, dont Bezos était jusqu’à présent l’unique financier via la vente de ses actions Amazon, n’avait jamais eu recours à des investisseurs extérieurs depuis sa création il y a vingt-six ans.
L’opération valorise Blue Origin à environ 7,5 % de la valorisation boursière de SpaceX, malgré un retard significatif dans le développement de son lanceur lourd et l’absence de revenus commerciaux récurrents comparables à ceux de Starlink, le réseau satellite de son concurrent. Le marché spatial civil américain connaît une effervescence sans précédent depuis l’entrée en Bourse de SpaceX, avec plusieurs entreprises du secteur cherchant à attirer des capitaux pour financer leurs programmes de développement et d’infrastructure.
