La Chine est devenue le deuxième pays à réussir l’atterrissage contrôlé d’un étage de fusée réutilisable, une avancée qui la rapproche de SpaceX dans la course à l’espace.
L’entreprise publique China Aerospace Science and Technology Corporation (CASC) a lancé vendredi 10 juillet une fusée Long March depuis le sol chinois et récupéré son premier étage sur un navire en mer. L’étage du lanceur, capable d’emporter une charge utile comparable à celle du Falcon 9 de SpaceX, a été capturé par un filet tendu sur une grande structure installée sur le bateau de récupération.
La manœuvre diffère de celle de SpaceX, dont les fusées Falcon 9 déploient des pattes d’atterrissage pour se poser sur une plateforme flottante. Le système chinois repose sur un guidage logiciel sophistiqué, des capteurs de précision et des moteurs capables de redémarrer et de résister à la rentrée atmosphérique.
CASC a indiqué qu’elle tenterait de réutiliser ce même étage d’ici la fin de l’année, ce qui réduirait considérablement le coût de ses lancements. SpaceX utilise actuellement ses fusées Falcon 9 réutilisables pour battre des records de lancements annuels, notamment pour son réseau Starlink, la NASA et l’US Space Force. La capacité à lancer à moindre coût est devenue un avantage stratégique dans l’accès à l’espace.
Victoria Samson, directrice en chef de la sécurité et de la stabilité spatiales à la Secure World Foundation, a qualifié cette démonstration de changement de donne. « Quand la Chine saura réutiliser ses fusées, le coût de lancement chutera de façon spectaculaire, et elle pourra l’utiliser comme levier d’influence pour lancer des charges utiles pour ses alliés à très bas prix », a-t-elle déclaré à TechCrunch.
Si les règles de sécurité nationale empêchent la Chine de concurrencer directement SpaceX sur le marché des lancements commerciaux, une fusée réutilisable lui permettrait de développer ses propres réseaux de satellites de communication et ses centres de données orbitaux, en concurrence directe avec les offres de Starlink sur les marchés africains, moyen-orientaux et sud-est asiatiques. L’accès à des lancements à bas coût pourrait aussi accélérer le déploiement de sa station spatiale Tiangong.
L’enjeu est également militaire. Pour l’armée américaine, la capacité chinoise de réutiliser ses lanceurs réduit un avantage décisif dans l’espace. Ars Technica rapporte que ce test intervient quelques jours après la publication de documents montrant une coopération sino-russe pour développer des moyens de neutraliser Starlink, déployé avec succès en Ukraine. SpaceNews a également souligné que la Chine a procédé à un essai statique de son nouveau lanceur réutilisable Long March 12B.
Le New York Times, Engadget et Newsweek ont également couvert l’événement. La Chine devient ainsi le deuxième pays au monde à maîtriser la récupération contrôlée d’un étage de fusée orbital, plus d’une décennie après les premiers succès de SpaceX. La fusée Long March 10B a effectué son vol inaugural à cette occasion. Reste à savoir si CASC parviendra à réutiliser cet étage d’ici la fin 2026, une étape clé pour la crédibilité de son programme de lanceurs réutilisables et pour la concurrence spatiale avec les États-Unis.
