Lancée en 2025, la fondation Current AI dispose de 400 millions de dollars pour construire une infrastructure publique d’intelligence artificielle, libre et multilingue, accessible sans connexion Internet.
Portée par Martin Tisné et dirigée par Ayah Bdeir, ancienne responsable de la stratégie IA chez Mozilla, Current AI fonctionne comme un partenariat public-privé. La France a apporté 100 millions de dollars. La Ford Foundation, la MacArthur Foundation, DeepMind et Salesforce ont également contribué. L’organisation vise à mobiliser 2,5 milliards de dollars sur cinq ans.
Le constat de départ est simple. Les principaux systèmes d’IA actuels, ceux d’OpenAI, Google et Anthropic, appartiennent à des entreprises privées. « Si l’IA est une technologie vraiment transformatrice, si elle va changer tous les aspects de la vie de chacun, il doit exister une alternative publique », a déclaré Ayah Bdeir à TechCrunch. « Comme le World Wide Web, accessible à tous, gratuitement. »
En février, Current AI s’est associée à Bhashini, la division linguistique en IA du gouvernement indien. Le fruit de cette collaboration est Suno Sutra, un appareil hors ligne de la taille d’une poche qui exécute l’IA en 22 langues indiennes, sans nécessiter de connexion Internet. L’appareil est open source et disponible pour les communautés de développeurs.
La moitié des langues parlées dans le monde sont menacées d’extinction, selon les Nations unies. Ayah Bdeir a souligné que l’anglais dominant les grands modèles de langage et les systèmes d’IA, une grande partie des langues du monde, et par conséquent des cultures et des communautés, sont laissées de côté.
Interrogée sur l’approche des grandes entreprises technologiques, Ayah Bdeir a établi une distinction. « Les grandes sociétés construisent des modèles multilingues pour étendre leur marché », a-t-elle déclaré. « Sans tenir compte du consentement ou du contexte. » Pour les langues indigènes, les traductions bibliques missionnaires deviennent des données d’entraînement avant que les communautés aient pu fixer des règles.
Le mois dernier, Current AI a alloué 3,2 millions de dollars de subventions à quatre organisations au Kenya, au Liban et en Amazonie brésilienne. La semaine dernière, l’organisation a lancé un chatbot IA open source lors du sommet AI for Good à Genève.
Ayah Bdeir a rejoint Current AI en janvier. Elle était auparavant directrice de la stratégie IA chez Mozilla. Elle a fondé littleBits, une entreprise d’éducation STEM qui a atteint des millions d’enfants avant d’être acquise par Sphero en 2019.
Current AI se présente comme une réponse au monopole des géants technologiques sur l’intelligence artificielle. L’organisation publie régulièrement une cartographie des projets open source d’IA, recensant plus de 24 000 initiatives dans le monde. Son objectif est de bâtir une pile complète d’IA d’intérêt public, du matériel jusqu’aux applications, chaque composant étant ouvert, accessible et vérifiable.
La fondation a été créée en février 2025 par Martin Tisné, un entrepreneur et philanthrope spécialisé dans la gouvernance technologique. Le modèle de Current AI repose sur une coordination entre gouvernements, entreprises et fondations philanthropiques, sans actionnariat ni recherche de profit. Les fondateurs insistent sur le caractère non marchand de l’initiative : les contributeurs sont des bailleurs de fonds, pas des investisseurs.
