Quatorze soldats yéménites ont été tués dans une attaque des rebelles houthis au sud de la ville portuaire de Hodeida (ouest du Yémen), ont annoncé dimanche 5 juillet des responsables militaires à l’AFP.
Les violences se sont déroulées entre vendredi 3 juillet au soir et samedi 4 juillet au matin dans la région de Hays, au sud de Hodeida. Un officier des forces pro-gouvernementales, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a confirmé que quatorze soldats avaient été tués lors de « combats acharnés » et que vingt-trois autres avaient été blessés dans leurs rangs.
Selon cet officier, les rebelles houthis ont brièvement pris le contrôle de positions loyalistes avant d’en être délogés par une contre-attaque. « Il s’agissait de l’attaque houthie la plus meurtrière depuis des années », a-t-il ajouté. La plupart des soldats tués ou blessés ont été touchés par des tireurs d’élite, avant que les rebelles ne déploient des drones et des obus de mortier. Les assaillants ont été repoussés après plusieurs heures de combats et subissent eux aussi des pertes, dont l’ampleur n’a pas été précisée.
Certains médias, dont les quotidiens belges DHnet et 7sur7, font état de seize soldats tués dans la même attaque. Ce bilan plus élevé n’était pas confirmé par l’AFP ni par d’autres sources au moment de la publication.
Un conflit gelé mais toujours meurtrier
Les rebelles houthis, en guerre contre les forces gouvernementales depuis 2015, contrôlent de larges pans du Yémen, dont la capitale Sanaa et une grande partie du nord du pays, y compris Hodeida sur la mer Rouge. Le conflit a fait des centaines de milliers de morts et provoqué une crise humanitaire de grande ampleur dans ce pays considéré comme le plus pauvre de la péninsule arabique. Selon l’ONU, plus de vingt millions de Yéménites dépendent d’une forme d’aide humanitaire pour survivre, et le pays fait face à l’une des pires crises alimentaires au monde.
Une trêve négociée sous l’égide de l’ONU en 2022 a de facto gelé le conflit, mais des affrontements localisés continuent régulièrement d’opposer les forces loyalistes, soutenues par une coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite, aux rebelles soutenus par l’Iran. Malgré la relative accalmie sur la plupart des fronts, des poches de violences persistent, en particulier dans les régions disputées comme Hodeida et Taëz, où les deux camps maintiennent des positions fortifiées. L’acheminement de l’aide humanitaire reste régulièrement entravé par les combats et les restrictions d’accès imposées par les belligérants.
Tensions accrues avec Ryad
Vendredi 3 juillet, les rebelles houthis ont menacé de frapper des aéroports et des actifs saoudiens en cas d’« agression » de la part de Ryad. Ils accusent l’Arabie saoudite d’avoir commis une intrusion dans leur espace aérien et d’avoir tenté d’empêcher un avion iranien d’atterrir. Les médias houthis ont indiqué que cet avion iranien avait finalement atterri avant de repartir vers Téhéran avec à son bord la délégation houthie devant assister aux funérailles de l’ancien guide suprême iranien Ali Khamenei, décédé début juillet.
Cette nouvelle attaque meurtrière intervient dans un contexte régional marqué par une instabilité accrue. Les funérailles nationales d’Ali Khamenei se tiennent à Téhéran depuis samedi, rassemblant des centaines de milliers de personnes, tandis que les tensions entre l’Iran et Israël ainsi qu’entre les États-Unis et l’Iran mobilisent une partie des forces et de l’attention des puissances régionales. Le détroit d’Ormuz, voie stratégique par laquelle transite une part significative du pétrole mondial, reste sous haute surveillance après les menaces iraniennes de restriction de passage. Dans ce contexte, l’attaque des Houthis contre les forces loyalistes au Yémen illustre la fragilité persistante du cessez-le-feu et les risques de reprise généralisée des hostilités sur ce front longtemps oublié du grand conflit régional qui déchire le Moyen-Orient.
