Uber multiplie les initiatives de lobbying à Washington pour obtenir un cadre réglementaire imposant aux robotaxis de cohabiter avec des conducteurs humains sur une même plateforme. Une stratégie qui le met en opposition directe avec Waymo, son partenaire et concurrent.
Un projet de loi examiné lundi 13 juillet par le conseil municipal de Washington D.C. est devenu le terrain d’une confrontation entre les deux géants de la mobilité. Le texte, déposé en mai par l’élu Charles Allen, actualiserait la loi de 2012 sur les véhicules autonomes pour autoriser les essais sans conducteur et les opérations commerciales de robotaxis dans le district.
Uber s’oppose au projet. L’entreprise estime que cette réglementation offrirait à Waymo un monopole de fait sur le marché des taxis sans conducteur, au détriment des conducteurs humains. Elle propose un modèle hybride : les robotaxis ne pourraient opérer que sur des plateformes intégrant également des chauffeurs humains.
Un audiiton prévue lundi
Les deux sociétés doivent présenter leur position lors d’une audience publique lundi 13 juillet. De nombreuses organisations sont attendues, parmi lesquelles Tesla, Lyft, les syndicats Teamsters et SEIU, des groupes de défense des droits des personnes handicapées, des associations de sécurité routière et des représentants du gouvernement local.
Une campagne contre les robotaxis a également été lancée par la Coalition for Accountability and Road Safety, une organisation basée à New York. Ses financements n’ont pas été rendus publics. Selon des documents consultés par TechCrunch, le cabinet Pitta Bishop & Del Giorno, lié à plusieurs syndicats, est impliqué dans son fonctionnement.
Les principales dispositions du projet
Le projet de loi confierait au Department of Transportation du district (DDOT) le pouvoir de délivrer des permis aux développeurs de véhicules autonomes. Les conditions incluraient une assurance responsabilité civile d’au moins 5 millions de dollars et l’obligation de signaler tout accident dans un délai de huit à soixante-douze heures selon le type de flotte.
Le texte prévoit également une taxe de 15 cents par mile (0,15 dollar) parcouru par les robotaxis. La moitié des recettes serait affectée aux transports publics, le reste au soutien des chauffeurs de VTC et de taxi menacés par l’automatisation. Cette taxe est jugée trop élevée par les partisans des véhicules autonomes.
Uber, allié et rival de Waymo
Uber et Waymo entretiennent une relation complexe. En 2023, Waymo avait accepté de mettre ses véhicules autonomes sur l’application Uber à Phoenix. Ce partenariat a pris fin en mai 2026. Les deux sociétés collaborent encore à Austin et Atlanta, mais les tensions s’accumulent.
En février 2026, le directeur technique d’Uber, Praveen Neppalli, avait publiquement critiqué le comportement d’un robotaxi Waymo sur le réseau social X. Lors d’une conférence téléphonique en mai, le directeur général Dara Khosrowshahi avait évoqué des interrogations des régulateurs sur la sécurité des véhicules autonomes, sans nommer Waymo directement.
La proposition d’Uber s’inscrit dans une stratégie plus large. L’entreprise investit dans plus de trente sociétés de technologie de conduite autonome dans le monde et a créé une division interne, AV Labs, chargée de collecter et de partager des données de conduite réelles avec les développeurs de véhicules autonomes.
Le vote du texte n’est pas attendu avant plusieurs mois, selon des sources proches du dossier. Les observations recueillies lundi serviront de base aux discussions avant une adoption espérée d’ici la fin de l’année.
