Médecins sans frontières (MSF) a annoncé lundi 15 juin le licenciement de 18 de ses employés dans l’est du Tchad, à la suite d’une enquête interne ayant recensé 59 allégations d’exploitation et d’agressions sexuelles visant des réfugiées soudanaises.
Une enquête interne déclenchée après des signalements
L’organisation humanitaire a indiqué avoir ouvert une investigation interne après avoir reçu des signalements concernant des comportements d’abus et d’exploitation sexuelle dans les camps de réfugiés situés dans l’est du Tchad, à la frontière avec le Soudan. Les faits se seraient déroulés en 2024 et 2025, selon une note interne révélée par l’agence Associated Press (AP).
Les investigations se sont concentrées sur trois sites, les camps d’Adré, d’Aboutengué et de Metché, qui accueillent des centaines de milliers de personnes ayant fui la guerre civile au Soudan, déclenchée en avril 2023.
Cinquante-neuf allégations, dix-huit licenciements
Au total, 59 allégations ont été recensées, dont plus d’une cinquantaine pour des faits présumés d’abus ou d’exploitation sexuelle. Parmi les victimes figurent des femmes et des jeunes filles mineures, particulièrement vulnérables en raison du conflit et du déplacement forcé.
Sur la base des conclusions de l’enquête, MSF a procédé au licenciement de 18 employés, locaux comme étrangers, avec interdiction de réembauche au sein de l’organisation. L’ONG précise qu’une partie des allégations n’a pas pu être entièrement vérifiée, faute d’identification des victimes ou des personnes mises en cause.
Des abus en échange de nourriture, d’argent ou d’emploi
Selon les éléments recueillis par l’enquête, certains employés auraient eu des relations sexuelles avec des réfugiés en échange de nourriture, d’argent ou d’un accès à un emploi. L’agence AP évoque également des indices de possible trafic sexuel organisé dans certains cas d’exploitation répétée, une piste que MSF n’a pas confirmée publiquement.
Dans une déclaration transmise aux médias, l’organisation a affirmé que ces comportements sont « profondément contraires à ses principes ». MSF a indiqué respecter la décision des victimes de porter ou non les faits devant les autorités judiciaires.
Des failles dans le recrutement reconnues par l’ONG
L’enquête a mis en évidence des lacunes dans les procédures de recrutement de MSF. L’organisation reconnaît avoir parfois embauché des travailleurs journaliers mineurs, en raison de contrôles d’identité insuffisants dans les zones d’intervention.
À la suite de ces révélations, MSF s’est engagée à renforcer ses mécanismes de contrôle du personnel et de prévention des abus. L’ONG, fondée en 1971 à Paris, intervient dans plus de 70 pays et figure parmi les principales organisations humanitaires internationales.
Cette affaire survient dans un contexte de vigilance accrue sur les risques d’exploitation sexuelle dans le secteur humanitaire. Plusieurs organisations ont été confrontées à des scandales similaires ces dernières années, conduisant le secteur à renforcer ses dispositifs de signalement et de protection.
L’est du Tchad abrite l’une des plus importantes populations de réfugiés du continent africain. Depuis le début du conflit au Soudan en avril 2023, plus de 700 000 personnes ont traversé la frontière, s’ajoutant aux réfugiés déjà présents dans la région. Les camps, souvent surpeuplés et sous-financés, constituent des environnements où les risques d’abus sont accrus, selon les organisations humanitaires.
MSF a précisé que les mesures disciplinaires prises constituent une première réponse et que l’organisation travaille à l’amélioration de ses procédures internes. L’ONG n’a pas communiqué le détail des fonctions occupées par les employés licenciés ni leur nationalité.
Le Tchad, l’un des pays les plus pauvres du monde selon les indicateurs de développement des Nations unies, dépend largement de l’aide humanitaire internationale pour faire face à l’afflux de réfugiés soudanais.
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Les 18 employés licenciés ne pourront pas être réembauchés par MSF. Aucune information n’a été communiquée, à ce stade, sur d’éventuelles poursuites judiciaires à leur encontre.
