La Cour suprême des États-Unis a donné raison à Bayer dans le litige qui oppose le groupe allemand à des dizaines de milliers de plaignants affirmant que le désherbant Roundup, commercialisé par sa filiale Monsanto, provoque un cancer. L’action Bayer a bondi de plus de 17 % à la Bourse de Francfort.
La plus haute juridiction américaine a rendu mercredi 24 juin une décision qui restreint considérablement la portée des poursuites judiciaires liées au Roundup. Le jugement bloque la voie à des dizaines de milliers de plaintes déposées par des personnes atteintes d’un cancer, qui attribuaient leur maladie à une exposition prolongée au glyphosate, le principe actif du désherbant.
Dans son arrêt, la Cour suprême a estimé que les plaintes étaient irrecevables au motif que le produit avait été autorisé par l’Agence de protection de l’environnement (EPA) et que les avertissements figurant sur l’étiquetage étaient conformes à la réglementation fédérale américaine, ont rapporté plusieurs médias, dont Le Monde et franceinfo.
Cette décision marque un tournant décisif pour Bayer, qui a hérité des contentieux liés au Roundup lors du rachat de Monsanto pour 63 milliards de dollars en 2018. Le groupe allemand avait déjà provisionné plus de 7 milliards de dollars pour régler une partie des litiges, mais la décision de la Cour suprême pourrait réduire considérablement son exposition financière future.
À la Bourse de Francfort, l’action Bayer a bondi de plus de 17 % après l’annonce du jugement, selon Zonebourse et Boursorama. Les investisseurs ont salué une décision qui écarte le principal risque juridique pesant sur le groupe depuis des années.
Le Roundup, l’un des désherbants les plus vendus au monde, est au cœur d’une bataille judiciaire depuis plusieurs années. En 2018, un tribunal californien avait condamné Monsanto à verser 289 millions de dollars à un jardinier scolaire atteint d’un cancer, avant que cette somme ne soit réduite en appel. Depuis, des centaines de milliers de plaintes ont été déposées aux États-Unis.
Les plaignants et leurs avocats ont dénoncé une décision qui priverait des milliers de personnes d’un accès à la justice. Plusieurs organisations de défense des consommateurs ont annoncé leur intention de contester la décision, estimant que la Cour suprême avait outrepassé son rôle en se substituant aux jurys populaires.
L’Agence de protection de l’environnement américaine (EPA) a réaffirmé sa position selon laquelle le glyphosate n’est pas cancérogène lorsqu’il est utilisé conformément aux instructions, tandis que le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une agence de l’Organisation mondiale de la santé, a classé le glyphosate comme « cancérogène probable » pour l’homme en 2015.
L’Union européenne a prolongé en 2023 l’autorisation du glyphosate pour dix ans, malgré les controverses scientifiques et les oppositions de plusieurs États membres. En France, l’utilisation du glyphosate reste autorisée, bien que le gouvernement ait annoncé à plusieurs reprises son intention d’en réduire l’usage, notamment dans l’agriculture.
Cette décision intervient dans un contexte où Bayer cherche à tourner la page des litiges liés au Roundup. Le groupe avait conclu en février 2026 un accord à l’amiable de 7,25 milliards de dollars pour régler une partie des contentieux en cours, un montant record pour ce type de litige aux États-Unis selon Libération. L’action Bayer, qui avait perdu plus de 40 % de sa valeur depuis le rachat de Monsanto, a regagné une partie du terrain perdu après la décision de la Cour suprême.
Les avocats des plaignants ont indiqué qu’ils étudiaient les voies de recours possibles, y compris une éventuelle saisine du Congrès américain pour modifier la législation sur l’étiquetage des produits phytosanitaires. Plusieurs associations de consommateurs et de défense de l’environnement ont appelé à une réforme du système d’homologation des pesticides aux États-Unis.
