Le salon Eurosatory, plus grand rendez-vous mondial de la défense et de la sécurité terrestre, ouvre ses portes lundi 15 juin au Parc des expositions de Paris-Nord Villepinte. Avec 2 600 exposants attendus, soit 30 % de plus qu’en 2024, l’édition 2026 s’annonce comme la plus importante de l’histoire de ce salon biennal.
Créé en 1967, Eurosatory n’a jamais connu une telle affluence. Le salon, qui se tient jusqu’au vendredi 19 juin, réunit cette année des entreprises issues de 65 pays sur une surface d’exposition portée à 185 000 mètres carrés. Un hall supplémentaire, le Hall 4, a dû être ouvert pour absorber la demande. Parmi les exposants, 36 % participent pour la première fois, un indicateur de l’attractivité croissante de l’événement.
Un salon à l’image de la hausse des budgets militaires
Cette affluence record est le reflet direct de l’augmentation des dépenses de défense dans le monde. Selon les données du Stockholm International Peace Research Institute (Sipri), les dépenses militaires mondiales ont atteint 2 718 milliards de dollars en 2024, en hausse de 9,4 % sur un an. Il s’agit de la plus forte progression annuelle depuis la fin de la guerre froide.
En Europe, les budgets de défense ont bondi de 17 % pour atteindre 693 milliards de dollars en 2024. La Pologne consacre désormais 4 % de son produit intérieur brut à sa défense, soit le double du seuil fixé par l’OTAN. Les États baltes, la Finlande et la Suède, tous membres de l’Alliance atlantique depuis 2023 ou 2024, figurent parmi les nouveaux exposants les plus représentés à Villepinte. Quarante pavillons nationaux sont déployés sur le salon, fonctionnant comme des ambassades temporaires dédiées aux négociations industrielles et aux partenariats technologiques.
L’Ukraine en vitrine
Pour la première fois, l’Ukraine dispose d’un pavillon national à Eurosatory. Une délégation ukrainienne est présente malgré le conflit en cours avec la Russie, avec pour objectif d’attirer des investissements dans son industrie de défense et de partager les retours d’expérience accumulés sur le champ de bataille. La présence ukrainienne s’inscrit dans une stratégie plus large de validation des technologies testées en conditions réelles et de recherche de transferts de savoir-faire industriels.
La Direction générale de l’armement (DGA) française participe également au salon, sous la thématique « Se préparer, s’engager et vaincre en coalition aéroterrestre ». L’institution entend promouvoir l’attractivité de l’industrie française de défense auprès des délégations étrangères.
Banques, drones et métiers en tension
L’édition 2026 innove avec un pôle « Financement et Export » installé dans le Hall 4. BNP Paribas, BPCE, le Crédit Agricole, la Société Générale et la Banque européenne d’investissement y tiennent un stand. Cette présence marque le retour des banques dans le financement du secteur de la défense, après des années de frilosité liée aux critères environnementaux et sociaux qui limitaient les prêts aux industriels de l’armement. Les pouvoirs publics européens ont appelé ces dernières années à un réexamen de ces politiques de financement.
Côté innovation, l’Eurosatory LAB réunit une soixantaine de start-up internationales spécialisées dans les capteurs, les systèmes autonomes et la cybersécurité embarquée. Les démonstrations dynamiques sur le terrain extérieur mettront l’accent sur la lutte anti-drones, un domaine transformé par l’expérience du conflit ukrainien.
Enfin, la « Tente des Métiers », dont la surface a été triplée pour atteindre 350 mètres carrés, accueillera une trentaine d’entreprises et d’institutions en session de recrutement les 18 et 19 juin. La filière terrestre française, qui emploie 55 000 personnes, fait face à des tensions de recrutement sur neuf métiers sur dix, selon les données du secteur. Les profils les plus recherchés sont les soudeurs, les électroniciens et les techniciens en mécatronique, des compétences également disputées par l’ensemble de l’industrie française.
