Après des mois d’expérimentation libre de l’intelligence artificielle, les grandes banques mondiales commencent à rationner leurs usages. La cause : des coûts qui s’envolent plus vite que les gains espérés.
Un plan à 500 millions pour le Crédit Agricole
Le Crédit Agricole a annoncé, mercredi 10 juin 2026, un plan d’investissement de 500 millions d’euros sur trois ans dans l’intelligence artificielle. Le groupe mutualiste a toutefois fixé une règle stricte : les économies générées par l’IA doivent dépasser les dépenses engagées.
Olivier Gavalda, directeur général du Crédit Agricole, a déclaré, selon des propos rapportés par le quotidien Le Monde : « Nous voulons maîtriser ces coûts qui vont exploser. Il faut utiliser l’IA à bon escient. »
Le groupe bancaire prévoit la création d’une structure dédiée, dotée d’un capital de 150 millions d’euros et d’un effectif d’environ 150 salariés. Son budget informatique annuel s’élève à 5,7 milliards d’euros, d’après Le Monde et le média spécialisé Cryptoast.
Des tokens plus chers que des salaires
Le phénomène dépasse les frontières françaises. Zachery Anderson, responsable des données chez JPMorgan, a confié au média Semafor le 3 juin 2026 que certains employés de la banque américaine « dépensent plus en tokens qu’en salaire ».
Selon le Wall Street Journal, plusieurs grandes entreprises américaines ont commencé à limiter l’accès de leurs salariés à certains outils d’IA. Les directions découvrent que les coûts réels de ces technologies sont bien supérieurs aux prévisions initiales.
Un cas extrême circule dans le secteur : une entreprise américaine, dont le nom n’a pas été rendu public, aurait dépensé 500 millions de dollars en un seul mois en laissant ses développeurs utiliser librement le modèle Claude, de la société Anthropic. Le chiffre a été rapporté conjointement par le site Axios et le magazine Fast Company en mai 2026.
La plateforme Uber a, elle aussi, dû plafonner en urgence l’usage de l’IA par ses équipes après avoir épuisé en trois mois son budget annuel prévu pour ces technologies, selon Cryptoast.
La fin de l’expérimentation libre
Le secteur bancaire entre désormais dans une phase de rationalisation. Après avoir encouragé les salariés à tester l’intelligence artificielle dans tous les métiers, du trading à la relation client, les directions imposent un contrôle strict des dépenses. Chaque cas d’usage doit désormais prouver sa capacité à générer des économies supérieures à son coût.
Arthur Mensch, cofondateur de la société française Mistral AI, estime que les entreprises pourraient à terme consacrer jusqu’à 10 % de leur masse salariale aux dépenses de tokens, d’après des déclarations rapportées par Le Monde.
Mathieu Gosselin, dirigeant du cabinet de conseil Bartle, a prévenu, selon Cryptoast : « Les acteurs comme OpenAI et Anthropic perdent beaucoup d’argent. À un moment, il faudra bien qu’ils en gagnent. Quand les usages deviendront indispensables, ils vont faire exploser les prix. »
Selon le média spécialisé Éditions Acala, les banques doivent désormais composer avec trois contraintes simultanées : la mesure du retour sur investissement, la maîtrise des risques opérationnels et la conformité réglementaire. Dans l’Union européenne, le cadre légal impose des exigences d’explicabilité et de traçabilité des décisions prises par les algorithmes.
Aucune banque française n’évoque officiellement de suppressions de postes liées à l’IA à ce stade. Olivier Gavalda reconnaît toutefois « beaucoup d’anxiété chez les collaborateurs », rapporte Le Monde. Le secteur bancaire emploie plus de 350 000 personnes en France, selon les données de la Fédération bancaire française.
