Le pape Léon XIV est arrivé samedi 4 juillet sur l’île italienne de Lampedusa pour une visite consacrée au sort des migrants morts en Méditerranée. Dans son homélie, le souverain pontife a exhorté l’Europe à mieux répondre à un « appel historique » et à inscrire les premiers secours dans une stratégie de long terme.
Le pape américain, âgé de 70 ans, a atterri à 9 heures (7 heures GMT) sur cette île de 20 km² située entre la Tunisie et Malte, qui compte environ 6 000 habitants. Il a débuté sa visite par un temps de recueillement au cimetière de l’île, où sont enterrés des migrants non identifiés dans des tombes numérotées.
Après avoir déposé une gerbe, Léon XIV s’est rendu à la « Porte de l’Europe », un monument dédié aux victimes de la migration. Il s’y est recueilli seul sur un rocher face à la mer, sa soutane battue par un vent fort.
Dans son homélie, le pape a déclaré que « l’Europe est en mesure d’aborder la crise de manière organique, en inscrivant les premiers secours dans un plan stratégique à long terme, capable d’accueillir, de protéger, de promouvoir et d’intégrer les migrants ».
Cette visite intervient quelques semaines après l’adoption par l’Union européenne de nouvelles mesures migratoires prévoyant un recours accru à la détention et la création de centres de rétention hors des frontières de l’UE.
« La présence du pape Léon XIV envoie un message clair à une époque où le débat politique mondial sur la migration se concentre davantage sur les frontières et la dissuasion plutôt que sur la protection et la responsabilité partagée », a déclaré à l’AFP Filippo Ungaro, porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (UNHCR).
Située à seulement 145 kilomètres des côtes tunisiennes, Lampedusa est devenue l’un des principaux symboles de la crise migratoire en Europe. Plus de 360 personnes y avaient péri dans un naufrage en octobre 2013, la pire catastrophe de l’histoire de l’île.
Léon XIV marche sur les traces de son prédécesseur François, qui avait choisi Lampedusa en 2013 pour son premier déplacement hors de Rome. Le pape argentin avait alors dénoncé « la mondialisation de l’indifférence » face aux drames de la migration.
La défense des migrants est un thème récurrent du pontificat de Léon XIV. Le mois dernier, il s’était rendu sur l’archipel espagnol des Canaries, autre porte d’entrée migratoire vers l’Europe, pour dénoncer le trafic d’êtres humains. Il a également qualifié d’« inhumain » le traitement réservé aux migrants par l’administration américaine, son pays d’origine.
Dans son homélie, le chef de l’Église catholique, qui compte 1,4 milliard de fidèles, a aussi exhorté les migrants à s’intégrer en apprenant la langue de leur pays d’accueil, en respectant ses lois et en se familiarisant avec ses coutumes.
Sur le quai où débarquent les personnes secourues en mer par les garde-côtes, les navires humanitaires ou les pêcheurs locaux, le pape a béni une plaque commémorative dédiée à François avant de célébrer une messe en plein air. Il est reparti pour le Vatican en début d’après-midi.
Cette route migratoire est surveillée par une poignée de navires d’organisations humanitaires qui accusent régulièrement l’Union européenne de ne pas agir pour prévenir les naufrages. Lampedusa, malgré ses plages de sable fin, reste un point de passage majeur pour les embarcations parties de Libye et de Tunisie.
Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), la traversée de la Méditerranée centrale depuis l’Afrique du Nord reste la route migratoire la plus meurtrière au monde. En 2025, environ 1 330 personnes sont mortes ou ont disparu en tentant cette traversée. D’après l’UNHCR, plus de 14 000 migrants ont débarqué en Italie au premier semestre 2026, principalement en provenance de Libye, et près de 60 % d’entre eux ont transité par Lampedusa.
