Amnesty International a denonce mardi la politique de repression xenophobe menee par les autorites libyennes a l’encontre des personnes migrantes, ainsi que la cooperation de l’Union europeenne avec la Libye en matiere de migration, qu’elle juge « depourvue de moralite ».
Des milliers d’arrestations et d’expulsions
Les autorites libyennes rivales et leurs groupes armes allies, a ecrit Amnesty dans un communique, « menent une politique de repression dure envers les personnes etrangeres, procedant a des milliers d’arrestations, des detentions arbitraires et des expulsions collectives illegales ». La branche orientale de la Direction de la lutte contre la migration illegale (DCIM) a indique en mai qu’entre 7 000 et 8 000 personnes migrantes avaient ete arretees dans l’est et le sud du pays dans l’attente de leur expulsion, dont 4 500 personnes d’origine etrangere.
La meme branche a prevenu des representants de l’UE que la Libye n’etait pas une « terre de reinstallation pour les Africains », souligne l’ONG. Debut juin, les autorites libyennes ont publie une serie de decisions rejetant la reinstallation des personnes migrantes, avant de mettre en oeuvre un programme national d’expulsions. Des milliers de personnes ont ete sommairement expulsees vers leurs pays d’origine ou vers des zones desertiques, sans procedure legale ni acces a une assistance humanitaire.
Une rhetorique xenophobe alimentee par les responsables
L’ONG pointe le role des declarations xenophobes et racistes de responsables politiques libyens, qui ont alimente une multiplication des manifestations hostiles aux personnes migrantes, le recours a l’autodefense et les discours de haine en ligne. A Tripoli, des manifestations arborent le slogan « Pas de reinstallation », tandis que des publications xenophobes et racistes se multiplient sur les reseaux sociaux. Amnesty releve que ces discours officiels creent un climat de violence et d’impunite, ou les personnes migrantes sont prises pour cible sans protection de la part des autorites.
L’ONG rappelle par ailleurs que les migrants presents en Libye sont particulierement vulnerables. Beaucoup fuient la guerre et la pauvrete au Sahel et en Afrique subsaharienne, et se retrouvent pris au piege dans un pays ou les milices et les trafiquants d’etres humains operent sans entrave. Les temoignages recueillis par Amnesty font etat de conditions de detention « inhumaines », de travail force, de violences sexuelles et de tortures. La Libye constitue depuis des annees l’une des principales routes de transit vers l’Europe, et les migrants y sont regulierement victimes d’abus en toute impunite.
L’UE accusee de complicite
Amnesty denonce egalement l’intention de l’Union europeenne d’etendre sa cooperation en matiere de migration avec la Libye, notamment avec la creation d’un centre de coordination des sauvetages maritimes dans la deuxieme plus grande ville du pays, Benghazi. « La crise actuelle est le prolongement des atteintes generalisees et systematiques aux droits humains des personnes refugiees et migrantes, largement attestees, qui se poursuivent en Libye, et que la cooperation avec l’UE et ses Etats membres a activement favorisees », conclut l’ONG.
Le rapport d’Amnesty intervient alors que l’UE cherche a renforcer ses accords migratoires avec les pays de la rive sud de la Mediterranee, une strategie regulierement critiquee par les organisations de defense des droits humains. Depuis 2017, l’Union europeenne a finance des programmes de formation et d’equipement des garde-cotes libyens, ainsi que des projets de lutte contre l’emigration irreguliere, malgre les mises en garde repetees des ONG sur les violations commises en Libye.
L’organisation appelle Bruxelles a suspendre immediatement sa cooperation migratoire avec les autorites libyennes et a mettre en place des mecanismes de controle independants. Amnesty reclame egalement l’ouverture de voies migratoires legales et sure, ainsi que la fin des expulsions collectives vers des pays ou les migrants risquent d’etre persecutes ou detenus arbitrairement.
