Les citoyens suisses se prononcent dimanche 14 juin 2026 sur l’initiative « Pas de Suisse à 10 millions ! », qui vise à plafonner la population résidante permanente à 10 millions d’habitants d’ici 2050. Le Conseil fédéral et le Parlement recommandent le rejet du texte.

Portée par l’Union démocratique du centre (UDC, droite conservatrice), l’initiative « pour la durabilité » a abouti après une récolte de signatures. Elle constitue la troisième tentative de l’UDC de limiter l’immigration par votation populaire, après un texte accepté de justesse en 2014 et un second rejeté en 2020.
Fin 2025, la Suisse comptait 9,1 millions d’habitants, selon l’administration fédérale. Depuis l’entrée en vigueur de l’accord sur la libre circulation des personnes avec l’Union européenne en 2002, la population a augmenté de 1,7 million de personnes, une croissance attribuée principalement à l’immigration.
Un mécanisme à deux seuils
Le texte soumis au vote instaure un dispositif progressif. Si le seuil de 9,5 millions d’habitants est dépassé avant 2050, le Conseil fédéral et le Parlement doivent prendre des mesures dans le domaine de l’asile et restreindre le regroupement familial. Les personnes admises à titre provisoire ne pourraient plus obtenir de permis d’établissement.
Si la barre des 10 millions est franchie, la Suisse doit dénoncer les accords internationaux qui favorisent la croissance démographique, y compris l’accord avec l’UE sur la libre circulation des personnes. Dans ce scénario, les accords bilatéraux I deviendraient caducs et la participation de la Confédération aux accords de Schengen et de Dublin serait « remise en question », précise le site officiel admin.ch.
Pour les partisans de l’initiative, l’immigration annuelle serait alors ramenée à environ 40 000 personnes par an, limitée aux seuls travailleurs qualifiés.
Le gouvernement et le Parlement appellent à rejeter le texte
Le Conseil fédéral et les deux chambres du Parlement recommandent de voter non. Dans ses explications officielles, le gouvernement estime que l’initiative « menace la stabilité de la Suisse », « nuit à l’économie » et « remet en question la voie bilatérale avec l’UE et la tradition humanitaire » du pays.
L’ensemble des autres formations politiques, de la gauche au centre-droit, s’opposent également au texte, de même que les syndicats et les organisations patronales comme economiesuisse. La radio-télévision publique RTS rapporte qu’une courte majorité se dégage contre l’initiative dans les sondages.
Des conséquences directes pour les relations avec l’UE
L’initiative est incompatible avec le principe de libre circulation des personnes entre la Suisse et l’Union européenne. Une dénonciation de cet accord entraînerait la caducité de l’ensemble des accords bilatéraux I, qui régissent les relations commerciales et économiques entre Berne et Bruxelles.
Les organisations économiques helvétiques mettent en garde contre les conséquences pour les secteurs qui dépendent de la main-d’œuvre étrangère : soins, construction, restauration, agriculture et tourisme. Selon les données relayées par plusieurs sources, 35 % de la population active suisse est composée de travailleurs étrangers.
Les Suisses établis à l’étranger, dont 480 000 résident dans l’espace UE, sont également concernés : l’initiative les exclut de la définition de la population résidante permanente, ce qui pourrait fragiliser leurs droits à la libre circulation.
Une consultation suivie au-delà des frontières
Le scrutin est observé de près en France, où 170 000 ressortissants sont officiellement inscrits dans les consulats sur le territoire helvétique. Les élus consulaires français en Suisse ont exprimé des positions contrastées, certains jugeant l’initiative « dangereuse » pour la relation bilatérale franco-suisse, d’autres estimant qu’elle relève exclusivement de la souveraineté du peuple suisse.
Les résultats de la votation sont attendus dans la journée du dimanche 14 juin.
