La banque italienne UniCredit a franchi une etape cle dans sa prise de controle de Commerzbank. Son offre d’echange hostile, cloturee le 16 juin, a attire 12,51 % des actions de sa rivale allemande, lui permettant de revendiquer une position proche de 40 % du capital. Ce bras de fer est suivi de pres par les regulateurs europeens.
L’operation, lancee debut mai, s’appuie sur une participation preexistante de 26,7 % acquise progressivement sur les marches. Les 12,51 % d’actions apportees a l’offre d’echange, auxquels s’ajoutent 13,19 % detenus via des derives en especes et 3,22 % via des derives en actions, portent la position totale d’UniCredit aux alentours de 40 %, selon les chiffres communiques vendredi 19 juin par la banque italienne.
Un seuil de 30 % largement depasse
UniCredit s’etait fixe comme objectif de depasser le seuil de 30 % du capital, condition minimale pour esperer prendre le controle operationnel de la deuxieme banque allemande, valorisee 35 milliards d’euros en Bourse. Le 9 juin, la banque italienne avait deja annonce avoir recupere 123 millions d’actions, portant sa participation a 37,68 %, selon un communique relaye par l’agence AWP/AFP.
Les actionnaires retardataires disposent d’un delai supplementaire de deux semaines, soit jusqu’au vendredi 3 juillet a minuit, pour adherer a l’offre. Le resultat final sera annonce le 8 juillet par UniCredit, qui espere consolider definitivement sa position.
L’Allemagne conteste l’approche italienne
La Republique federale d’Allemagne, actionnaire a 12 % de Commerzbank, a reitere ses critiques mardi 16 juin. L’offre ne presente « pas de prime suffisante » par rapport au cours actuel du titre, a estime l’agence federale des Finances (Finanzagentur), qualifiant l’approche d’UniCredit d’« agressive ».
La presidente du directoire de Commerzbank, Bettina Orlopp, a contre-attaque avec un plan strategique visant a renforcer la rentabilite de la banque d’ici 2030. L’objectif affiche est de demontrer aux actionnaires que la creation de valeur serait superieure en restant independant. Commerzbank a par ailleurs supprime 3 000 postes dans le cadre de sa restructuration.
Enquete pour manipulation de marche
Au-dela du desaccord sur la strategie et le prix offert, la bataille prend une tournure judiciaire. Commerzbank a saisi l’autorite allemande des marches financiers, la BaFin, pour lui demander d’examiner des « informations potentiellement trompeuses » fournies par UniCredit sur l’etendue reelle de sa participation.
Le parquet de Francfort a annonce lundi 15 juin avoir ouvert une « enquete preliminaire » concernant une eventuelle manipulation de marche, saisi par le president du comite d’entreprise de Commerzbank. UniCredit a rejete « fermement les allegations et insinuations concernant ses declarations et le processus d’offre » et a, elle aussi, fait appel a la BaFin.
L’hypothese d’une fusion avec HypoVereinsbank
Si la montee au capital est validee par la Banque centrale europeenne (BCE), UniCredit pourrait fusionner Commerzbank avec sa filiale allemande HypoVereinsbank, acquise en 2005. Cette consolidation creerait un geant bancaire europeen pesant plus de 1 000 milliards d’euros de bilan, dans un secteur ou les rapprochements transfrontaliers restent rares.
La bataille, qui dure depuis plus d’un an, est devenue un test pour l’integration du marche bancaire europeen. Andrea Orcel, le patron d’UniCredit, a fait de la consolidation paneuropeenne un axe strategique depuis sa prise de fonction en 2021. La banque italienne avait commence a accumuler des titres Commerzbank des septembre 2024, avant de reveler une participation de 9 % qui a pris Francfort par surprise.
Depuis, chaque etape, achat de derive, declaration de franchissement de seuil, relance de l’offre, a ete accompagnee de tensions diplomatiques entre Rome et Berlin. Le resultat final de l’offre, attendu le 8 juillet, determinera si le projet d’UniCredit aboutit face a la resistance allemande.
