Tamás Sulyok, le président hongrois proche de Viktor Orbán, a annoncé ce dimanche 19 juillet qu’il signerait la réforme constitutionnelle votée le 13 juillet par le Parlement, provoquant de fait la fin de son mandat. Le chef de l’État cède ainsi à la pression du Premier ministre Péter Magyar, qui menaçait d’engager une procédure de destitution.
Un amendement en douze points
Le Parlement hongrois a adopté le 13 juillet, par 139 voix pour et 6 contre, un amendement constitutionnel en douze points visant à mettre fin au mandat du président Tamás Sulyok. Le vote a été boycotté par le parti Fidesz de Viktor Orbán, qui dénonce une tentative d’instaurer « un régime autocratique ». Le Premier ministre Péter Magyar, dont le parti Tisza détient la majorité des deux tiers des 199 sièges, s’est félicité de l’adoption de ce texte : « Nous avons achevé la réforme constitutionnelle du régime Orbán », a-t-il déclaré, rapportent La Croix et Le Parisien.
L’amendement prévoit la fin du mandat de Tamás Sulyok dès le lendemain de son entrée en vigueur, puis l’élection d’un nouveau président pour une durée de cinq ans par le Parlement. Le texte modifie également plusieurs dispositions héritées de l’ère Orbán, dans le cadre de la promesse de Péter Magyar de démanteler « brique par brique » le système illibéral mis en place par son prédécesseur.
Cinq jours pour signer ou démissionner
Après le vote parlementaire, le président Sulyok disposait d’un délai de cinq jours pour soit démissionner, soit signer l’amendement à la Loi fondamentale. « Il a maintenant cinq jours pour soit démissionner dans le délai fixé, soit signer cet amendement », avait prévenu Péter Magyar, qui promettait d’engager une procédure de destitution en cas de refus. Depuis les États-Unis, où il assistait à la phase finale de la Coupe du monde de football, Viktor Orbán avait appelé les Hongrois « à résister si le président est évincé de force », dans un message publié sur Facebook, rapportent RFI et Ouest-France.
Une présidentielle sous contrôle
Tamás Sulyok, 70 ans, ancien président de la Cour constitutionnelle, avait été élu à la présidence en 2024 comme candidat de la coalition Fidesz. Qualifié de « marionnette » de Viktor Orbán par Péter Magyar, il avait dénoncé avant le vote parlementaire une procédure qui « viole les principes d’État de droit ». Il a finalement cédé, annonçant son intention de signer la réforme. Selon Le Temps et la RTBF, la signature devrait intervenir ce dimanche, ouvrant la voie à l’élection d’un nouveau chef de l’État. Ce scrutin sera contrôlé par le parti Tisza, qui dispose de la majorité qualifiée nécessaire pour faire élire son candidat.
Cette issue marque une étape supplémentaire dans le démantèlement des institutions héritées de Viktor Orbán, engagé par Péter Magyar depuis sa victoire aux élections législatives d’avril 2026. Outre la présidence, le gouvernement a déjà engagé des réformes de la justice, des médias publics et de la lutte anticorruption, dans un mouvement qualifié de « révolution tranquille » par plusieurs observateurs. La Commission de Venise, organe consultatif du Conseil de l’Europe, a salué ces avancées tout en appelant à la prudence sur le fondement juridique de la procédure.
Côté européen, plusieurs capitales ont pris acte de l’évolution hongroise avec un mélange de prudence et de satisfaction. Bruxelles, qui avait gelé des milliards d’euros de fonds européens en raison des atteintes à l’État de droit sous Viktor Orbán, observe désormais avec attention les réformes engagées par Péter Magyar. Le départ du président Sulyok lève un obstacle politique supplémentaire dans le dégel des relations entre Budapest et l’Union européenne, sans toutefois garantir un retour automatique à la normale.
La signature de l’amendement constitutionnel par Tamás Sulyok clôt un chapitre politique de plusieurs semaines. L’élection du nouveau président hongrois devrait se tenir dans les prochaines semaines devant le Parlement, où le parti Tisza de Péter Magyar dispose de la majorité des deux tiers.
