Les Colombiens sont appelés aux urnes ce dimanche 21 juin pour le second tour de l’election presidentielle. Le senateur de gauche Ivan Cepeda, candidat du Pacte historique, affronte l’avocat conservateur Abelardo de la Espriella, figure de la droite dure, dans un scrutin marque par une forte polarisation et la question centrale de la securite.
Deux visions radicalement opposees
Le second tour de l’election presidentielle colombienne oppose deux candidats aux profils et aux programmes diametralement opposes. Ivan Cepeda, senateur et defenseur des droits humains, est l’une des figures historiques de la gauche colombienne. Fils du politicien Manuel Cepeda, assassine en 1994, il a bâti sa carriere sur la defense des victimes du conflit arme et fut l’un des architectes de l’accord de paix historique de 2016 avec les FARC, rapporte La Libre Belgique. Soutenu par la coalition du Pacte historique, il mise sur la continuite et entend poursuivre les reformes engagees par le president sortant Gustavo Petro, en matiere sociale et de negociations de paix avec les groupes armes.
Face a lui, Abelardo de la Espriella incarne un tournant securitaire et nationaliste. Surnomme « le tigre », cet avocat penaliste n’a jamais exerce de mandat politique mais s’est fait connaître en assurant la defense de paramilitaires et de narcotrafiquants. Fervent admirateur de Donald Trump et de Javier Milei, il promet une lutte sans concession contre les guerrillas et la construction de mega-prisons. Sa campagne, axee sur un discours nationaliste et securitaire, a surfe sur les craintes d’une population confrontee a une recrudescence des violences, selon RFI.
L’insecurite, enjeu central du scrutin
Cette election se joue avant tout sur le terrain de la securite. La Colombie connait depuis plusieurs annees une recrudescence des violences, alimentee par la lutte entre groupes armes qui se disputent le controle du trafic de drogue. Le pays produit plus de 50 % de la cocaine mondiale, selon les donnees des Nations unies. L’insecurite est au centre des preoccupations des electeurs, rapporte RFI, ce qui a favorise la montee en puissance du candidat conservateur.
Le president sortant Gustavo Petro, premier president de gauche de l’histoire colombienne, defend un bilan contraste. Son gouvernement a mene d’importantes reformes sociales, permis une hausse historique du salaire minimum et relance le dialogue avec les groupes armes dans le cadre de sa politique de « paix totale ». Mais les negociations avec plusieurs organisations armees ont peu progresse, tandis que l’insecurite persistante a entame la popularite de l’executif, analyse La Libre Belgique.
Un processus electoral sous tension
La campagne a ete marquee par plusieurs episodes tendus. Quelques jours avant le premier tour, Abelardo de la Espriella a rencontre le president equatorien Daniel Noboa, une initiative que le gouvernement Petro a qualifiee d' »ingerence deliberee » dans le processus electoral, rapporte la presse colombienne. A l’issue du premier tour, Ivan Cepeda et le president Petro ont tous deux conteste les resultats, evoquant des irregularites.
Par ailleurs, le president Gustavo Petro a ete prive de son acces au reseau social X (anciennement Twitter) pour ne pas influencer la campagne avant le second tour, selon Le Parisien. Les autorites electorales ont entendu garantir l’equite du scrutin dans un climat politique deja extremement polarise.
Du cote des avancees du processus de paix, 99 membres de la Coordination nationale Armee bolivarienne (CNEB) ont depose les armes le 18 juin dans le sud du pays, a trois jours du second tour, dans le cadre de la politique de « paix totale » du gouvernement Petro, rapporte l’AFP. Il s’agit de la seule guérilla qui poursuivait les discussions engagees depuis 2022.
Un verdict incertain
L’issue de ce scrutin demeure incertaine. Les derniers sondages placent Abelardo de la Espriella en tete, mais les Colombiens ont deja montre qu’ils pouvaient defier les pronostics. En 2022, Gustavo Petro, alors distance par son adversaire au premier tour, avait finalement reussi a s’imposer au second.
La mobilisation des abstentionnistes et des jeunes sera determinante, tout comme les reports de voix des candidats elimines au premier tour. Le resultat, attendu dans la soiree de dimanche, pourrait etre particulierement serre, refletant les fractures profondes d’un pays en pleine recomposition politique.
