L’Organisation maritime internationale (OMI), agence de l’ONU chargée de la sécurité en mer, a annoncé mardi 23 juin le début de l’évacuation de plus de 11 000 marins bloqués dans le détroit d’Ormuz depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, le 28 février.
Le secrétaire général de l’OMI, Arsenio Dominguez, a indiqué dans un communiqué que cette « opération de grande envergure sera menée en coopération étroite avec l’Iran, Oman, tous les autres États côtiers de la région, les États-Unis et l’industrie maritime ». Il a précisé avoir obtenu les « garanties de sécurité nécessaires » pour la mise en œuvre du plan d’évacuation.
Près de quatre mois de blocus
Le détroit d’Ormuz, par lequel transite en temps normal environ 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL) mondial, a été fermé au trafic maritime au début du conflit déclenché le 28 février par des frappes israélo-américaines sur Téhéran. Depuis, des centaines de navires se trouvent immobilisés dans le golfe Persique, leurs équipages contraints de rationner l’eau et la nourriture dans des conditions de plus en plus difficiles.
Plusieurs organisations syndicales maritimes avaient alerté ces derniers mois sur la détérioration de la situation humanitaire à bord des navires bloqués, réclamant la mise en place d’un corridor humanitaire. Selon l’OMI, le nombre de marins concernés dépasse les 11 000, un chiffre qui avait atteint près de 20 000 au plus fort de la crise avant que certains équipages ne puissent être rapatriés par des moyens diplomatiques individuels.
Un protocole d’accord américano-iranien
L’évacuation des marins constitue le premier signe concret d’une possible normalisation après la signature, la semaine dernière, d’un protocole d’accord entre l’Iran et les États-Unis pour mettre fin aux hostilités. Ce texte prévoit la réouverture du détroit d’Ormuz, fermé depuis le début des combats.
Les négociations se poursuivent sur les points d’achoppement restants, notamment sur le programme nucléaire iranien. Le vice-président américain, JD Vance, a quitté la Suisse lundi 22 juin après avoir rencontré des représentants iraniens, tandis que le président iranien, Massoud Pezeshkian, était en visite à Islamabad mardi pour des consultations avec le Pakistan.
Oman en médiateur
Le sultan d’Oman, Haitham bin Tarik, a reçu mardi à Mascate le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, et le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, dans le cadre des efforts diplomatiques pour consolider l’accord de cessez-le-feu et organiser la reprise du trafic maritime.
Les autorités iraniennes avaient indiqué vendredi 19 juin avoir mis en place une « route maritime sûre » dans le détroit, exigeant des navires souhaitant le franchir une demande de transit soumise quarante-huit heures à l’avance. L’Organisation maritime internationale a précisé que l’évacuation des marins se ferait par phases, en coordination avec les compagnies maritimes et les autorités portuaires des pays riverains.
Un précédent dans l’histoire maritime récente
Le blocus du détroit d’Ormuz, l’un des passages maritimes les plus stratégiques au monde, constitue un cas rare de fermeture prolongée d’une voie de transit internationale majeure. Selon les données de l’OMI, environ 17 millions de barils de pétrole transitent quotidiennement par ce corridor large de 33 kilomètres dans sa partie la plus étroite. La suspension du trafic a entraîné une hausse des prix de l’énergie et perturbé les chaînes d’approvisionnement mondiales pendant près de quatre mois.
Plusieurs pays, dont la France et le Royaume-Uni, avaient proposé dès le mois de mai un plan de sécurisation du détroit, comprenant notamment des patrouilles navales coordonnées et un corridor humanitaire pour évacuer les marins bloqués. L’annonce de mardi constitue la première étape concrète de ce dispositif, dont les modalités logistiques restent à préciser pour les semaines à venir.
La communauté internationale suit avec attention la mise en œuvre de l’évacuation, alors que les pourparlers diplomatiques se poursuivent à plusieurs niveaux, en Suisse pour le volet nucléaire, à Mascate pour la coordination régionale et à Islamabad pour les relations entre l’Iran et le Pakistan. Selon l’OMI, l’opération pourrait prendre plusieurs semaines en raison du nombre élevé de navires concernés et de la complexité des procédures portuaires.
