Les chefs d’Etat de la Communaute economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont approuve dimanche 19 juillet a Freetown, en Sierra Leone, la construction du gazoduc Nigeria-Maroc (NMGP). L’accord intergouvernemental a ete signe lors du sommet ordinaire de l’organisation regionale, reunissant les quinze Etats membres.
Long d’environ 5 600 kilometres, le gazoduc doit relier les ressources gazieres du Nigeria au Maroc en traversant une dizaine de pays cotiers d’Afrique de l’Ouest, dont le Benin, le Togo, le Ghana et la Cote d’Ivoire. L’infrastructure est portee par l’Office national des hydrocarbures et des mines du Maroc (ONHYM) et la Nigerian National Petroleum Corporation (NNPC). Un communique commun precise qu’une societe de projet sera installee a Casablanca et qu’une autorite de gouvernance sera mise en place pour superviser la realisation.
Le cout total du projet est estime a 23 milliards d’euros. Les travaux devraient demarrer en 2027 et les premieres livraisons de gaz sont envisagees en 2031, selon une source au sein de l’ONHYM. Le Nigeria disposait de 215,19 trillions de pieds cubes de reserves gazieres prouvees au 1er janvier 2026, soit l’equivalent d’environ 6 100 milliards de metres cubes, d’apres la Commission nigeriane de regulation du petrole. Le gazoduc, une fois operationnel, pourrait transporter jusqu’a 30 milliards de metres cubes de gaz par an.
L’idee du gazoduc avait ete lancee en 2016 par le roi Mohammed VI lors d’une visite a Abuja, dans le cadre d’une strategie de rapprochement energetique et economique avec les pays africains. La directrice generale de l’ONHYM, Amina Benkhadra, a indique que le projet est concu comme un levier d’integration regionale et de securite energetique pour les Etats membres de la CEDEAO. Il doit permettre aux pays traverses de valoriser leurs reserves gazières et d’accelerer leur acces a l’electricite, alors que le taux d’electrification en Afrique de l’Ouest reste inferieur a 50 % dans plusieurs Etats.
La relance du dossier intervient apres la decision de l’Algerie, premier exportateur africain de gaz naturel, de mettre fin en 2022 au contrat du Gazoduc Maghreb Europe, qui acheminait du gaz algerien vers l’Espagne via le Maroc. Le nouveau trace maritime Nigeria-Maroc evite le territoire algerien et offre une alternative aux pays d’Afrique de l’Ouest pour exporter leurs ressources gazières. Il renforce egalement le role du Maroc comme plateforme energetique entre l’Afrique et l’Europe.
Le projet NMGP est percu comme un outil de souverainete energetique face a l’influence croissante de puissances etrangeres sur le continent africain. En connectant directement les producteurs ouest-africains aux marches atlantiques, il reduit la dependance des Etats de la CEDEAO vis-a-vis des infrastructures de transit controllees par des pays tiers. La signature de Freetown constitue la premiere etape institutionnelle precedant la creation de la societe de projet, la mise en place des accords de financement et le lancement des appels d’offres pour la construction.
Le Nigeria, premier producteur de petrole d’Afrique avec environ 2 millions de barils par jour, cherche a monnayer ses vastes reserves de gaz naturel dans un contexte de forte demande europeenne depuis le debut de la guerre en Ukraine. Le Maroc ambitionne de son cote de devenir un hub energetique regional, en s’appuyant sur sa position geographique a la porte de l’Europe et sur ses infrastructures portuaires de gaz naturel liquefie. Le gazoduc Nigeria-Maroc est l’un des plus grands projets d’infrastructure jamais entrepris en Afrique de l’Ouest.
Plusieurs etapes restent a franchir avant le debut des travaux. Les parties prenantes doivent finaliser les etudes techniques, securiser le financement aupres d’investisseurs internationaux et d’institutions multilaterales, et obtenir les autorisations environnementales necessaires dans chaque pays traverse. Le projet est soutenu par la Banque africaine de developpement et par des institutions europeennes, dans le cadre de la strategie de diversification des approvisionnements energetiques du continent.
