Donald Trump a menacé, lundi 15 juin, d’imposer des droits de douane de 100 % sur le vin français si la France ne supprime pas sa taxe sur les services numériques, dite « taxe GAFA ».
Un ultimatum transmis depuis la Maison Blanche
Le président américain a fait savoir que les vins importés de France pourraient être frappés de droits de douane atteignant 100 % si Paris ne retire pas sa taxe sur les services numériques. Instaurée en juillet 2019, cette taxe prélève 3 % du chiffre d’affaires réalisé en France par les grandes entreprises du numérique, au premier rang desquelles Google, Apple, Facebook et Amazon.
La menace a été diffusée sur le compte officiel de la Maison Blanche. Ni l’Élysée ni le ministère de l’Économie n’avaient formulé de réponse à la mi-journée, le 15 juin.
Selon les estimations de Bercy, la taxe sur les services numériques a généré environ 700 millions d’euros de recettes en 2025. La France fait partie d’un groupe d’une trentaine de pays, dont le Royaume-Uni, l’Italie et l’Espagne, ayant adopté une fiscalité spécifique sur les géants du numérique, en l’absence de consensus à l’OCDE sur une taxation mondiale uniforme.
Un contentieux fiscal qui dure depuis sept ans
La taxe GAFA est un sujet de friction entre Washington et Paris depuis son adoption. Les États-Unis considèrent ce prélèvement comme « discriminatoire » envers leurs entreprises. En janvier 2020, un accord de trêve avait été trouvé sous la première administration Trump : Paris suspendait la collecte, Washington renonçait aux sanctions commerciales.
Cet accord a pris fin en 2021, et la France a rétabli le prélèvement. Depuis, les négociations menées dans le cadre de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) sur une taxe mondiale n’ont pas abouti à un compromis applicable. L’administration Biden avait proposé un mécanisme de taxation minimale à 15 %, mais les discussions se sont enlisées au Congrès américain.
Le vignoble français, première cible
Les États-Unis sont le premier marché d’exportation des vins français. Selon la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux (FEVS), les ventes vers le marché américain ont atteint 2,3 milliards d’euros en 2025. Les vignobles de Bordeaux, de Bourgogne et de Champagne sont les plus exposés, représentant à eux trois plus de 60 % des exportations de vins vers les États-Unis.
La filière viticole a déjà été prise pour cible lors du précédent conflit commercial. Entre octobre 2019 et mars 2021, les vins français importés aux États-Unis étaient soumis à des droits de douane supplémentaires de 25 %, en représailles à un litige sur les subventions aéronautiques entre Airbus et Boeing. Sur cette période, les exportations de vins français vers les États-Unis ont chuté de 17 %.
La FEVS a réagi à la nouvelle menace en appelant à une « désescalade rapide », soulignant le risque de « dommages durables » pour un secteur déjà fragilisé par la baisse de la consommation de vin en France.
Un climat commercial mondial sous tension
Cette menace s’inscrit dans un contexte de tensions commerciales élargies. Depuis son retour à la Maison Blanche en janvier 2025, Donald Trump a multiplié les annonces de droits de douane visant les partenaires des États-Unis. La Chine, le Canada et l’Union européenne ont chacun été la cible de menaces tarifaires ces derniers mois.
Les droits de douane sur l’acier et l’aluminium européens, instaurés en 2018 puis suspendus, demeurent un point de contentieux non résolu entre Bruxelles et Washington.
La Commission européenne, compétente en matière de politique commerciale pour les Vingt-Sept, n’avait pas encore réagi officiellement à la menace américaine en début d’après-midi, le 15 juin.
