Le président américain Donald Trump a menacé, lundi 15 juin, d’imposer un droit de douane de 100 % sur les vins et champagnes importés de France. Cette mesure est conditionnée à la suppression par Paris de sa taxe sur les services numériques, qui frappe les géants américains de la technologie depuis 2019.
Une taxe de 3 % ciblant les Gafam
Adoptée par le Parlement français en juillet 2019, la taxe sur les services numériques impose un prélèvement de 3 % sur les revenus bruts réalisés en France par les grandes entreprises technologiques. Sont concernés les groupes américains comme Google (Alphabet), Amazon, Meta (Facebook) et Apple. Cette « taxe Gafa », comme elle est surnommée, vise à corriger une situation où ces multinationales paient peu d’impôts dans les pays où elles réalisent leur chiffre d’affaires.
Dans une interview exclusive au New York Post publiée lundi, M. Trump a déclaré : « J’ai demandé au président Emmanuel Macron de ne pas taxer les entreprises américaines. S’ils le font, je n’aurai pas d’autre choix que d’imposer une taxe de 100 % sur tous les champagnes et tous les vins en provenance de France. » Le président américain a ajouté : « Tout ce qu’il a à faire, c’est de supprimer cette taxe, et il n’aura pas ce genre de pression. »
Premier marché à l’export pour les vins français
Les États-Unis représentent le premier marché d’exportation pour les vins et spiritueux français, avec environ 21 % des ventes totales à l’étranger, soit près de 2 milliards de dollars par an (environ 1,9 milliard d’euros). Un droit de douane de 100 % rendrait ces produits inabordables sur le marché américain.
Le secteur est déjà fragilisé. Selon les données des douanes françaises citées par l’Association américaine des économistes du vin (AAWE), les exportations de vin français vers les États-Unis ont chuté de 15,9 % en valeur en 2025, passant de 2,4 milliards d’euros en 2024 à 1,9 milliard d’euros. Un tarif douanier de 15 % est déjà en vigueur sur ces produits, contre 10 % auparavant. Les professionnels du secteur, notamment dans les régions de Bordeaux, de Bourgogne et de Champagne, suivent le dossier avec inquiétude.

Le G7 en toile de fond
Cette menace intervient alors que le sommet du G7 s’ouvre à Évian-les-Bains (Haute-Savoie). M. Trump doit participer au dîner de clôture à Versailles le 17 juin, à l’invitation du président français. Les deux dirigeants pourraient aborder le dossier des taxes numériques en marge du sommet, dont l’ordre du jour officiel porte principalement sur le conflit en Ukraine et les tensions au Moyen-Orient.
L’administration Trump bénéficie du soutien affiché de plusieurs dirigeants de la tech américaine sur ce dossier. Le président américain a déjà utilisé la menace tarifaire à plusieurs reprises depuis janvier 2026, évoquant notamment un tarif de 200 % sur les vins français pour contraindre Paris à rejoindre une initiative diplomatique américaine au Moyen-Orient.
Le précédent canadien
La France n’est pas le premier pays visé par cette stratégie. Le Canada a dû renoncer à sa propre taxe sur les services numériques en 2025 pour préserver ses négociations commerciales avec Washington. Le gouvernement de Justin Trudeau avait abandonné le projet après plusieurs mois de tensions avec l’administration américaine.
Le G7 se tient du 15 au 17 juin à Évian-les-Bains. Aucune réaction officielle de l’Élysée n’avait été communiquée lundi en fin de matinée. Une rencontre bilatérale entre MM. Trump et Macron est prévue en marge du sommet, avant le dîner de clôture au château de Versailles. La Fédération des exportateurs de vins et spiritueux de France (FEVS) n’a pas réagi dans l’immédiat à la menace américaine.
