Les autorités laotiennes ont indiqué samedi 18 juillet ne pas pouvoir établir la cause des décès de six touristes occidentaux morts en novembre 2024 dans la ville de Vang Vieng, malgré la détection de méthanol en quantités excessives dans une marque locale de vodka.
Dans un communiqué, le ministère de la Sécurité publique a précisé qu’aucune autopsie n’avait été pratiquée sur les corps. « À ce jour, les autorités ne disposent pas encore d’éléments permettant d’établir si les décès des cinq touristes ont été causés par les actes d’un individu ou par une cause particulière, faute d’autopsies pratiquées sur les corps », a déclaré le ministère. Le corps de la sixième victime avait été déplacé avant l’arrivée des enquêteurs, a-t-il ajouté.
Les analyses du centre de recherche sur les aliments et les médicaments du ministère de la Santé ont confirmé « une présence excessive de méthanol dans la vodka Tiger », selon le communiqué. Le méthanol est un alcool toxique utilisé couramment dans l’industrie, entrant dans la composition de liquides antigel, de lave-glace, de vernis ou de fluide pour photocopieurs. Il peut être ajouté à d’autres alcools pour en augmenter le degré ou réduire les coûts de production. Son ingestion peut provoquer la cécité, des lésions irréversibles au foie et la mort, même à faible dose.
Six touristes de six nationalités différentes
Les victimes, deux Danois, un Américain, une Britannique et deux Australiennes, sont décédées en novembre 2024 après une soirée festive dans la ville de Vang Vieng, station prisée des routards au nord de la capitale Vientiane. Le gouvernement australien a confirmé que du méthanol avait été détecté dans le sang des deux Australiennes. La dernière victime décédée est Holly Bowles, une Australienne de 19 ans, qui est morte dans un hôpital de Bangkok en présence de sa famille, selon la ministre des Affaires étrangères Penny Wong.
D’après plusieurs médias, les victimes faisaient partie d’un groupe d’une douzaine de touristes, tous tombés malades le 12 novembre 2024 à Vang Vieng. Les deux jeunes femmes australiennes avaient commencé à se sentir mal dans leur auberge après avoir consommé de l’alcool au bar de l’établissement, selon le journal australien Sydney Morning Herald.
L’Australie dénonce des poursuites trop légères
Le gouvernement australien s’est dit « profondément frustré » et « déçu » que le Laos ne retienne pas des charges plus sévères à l’encontre des responsables. Selon la chaîne publique ABC et d’autres médias australiens, les poursuites envisagées par le Laos sont passibles d’une peine allant jusqu’à un an de prison et d’une amende inférieure à 1 000 euros, un montant jugé dérisoire par les familles des victimes.
Les charges retenues contre le propriétaire de la distillerie Tiger portent uniquement sur la « fabrication ou vente de produits dangereux pour la santé » et une « exploitation commerciale illégale ». Le propriétaire et dix employés de l’auberge de jeunesse où séjournait le touriste américain ont également été inculpés pour « destruction de preuves » après avoir transporté son corps à l’hôpital avant l’arrivée des enquêteurs.
Un risque connu des voyageurs en Asie du Sud-Est
Les autorités britanniques et australiennes maintiennent leurs recommandations aux voyageurs concernant les risques d’intoxication au méthanol au Laos et plus largement en Asie du Sud-Est. Des cas d’alcool frelaté au méthanol sont régulièrement signalés dans la région, où des boissons alcoolisées artisanales ou de contrefaçon peuvent contenir cet additif toxique.
L’affaire a relancé les débats sur la sécurité des touristes dans la région et sur la nécessité de renforcer les contrôles sur la production et la vente d’alcool. Les organisations de défense des droits des voyageurs appellent les autorités laotiennes à adopter des mesures plus strictes pour prévenir de nouveaux drames.
