Le nouveau premier ministre britannique, Andy Burnham, a annoncé l’abandon du projet de carte d’identité numérique porté par son prédécesseur Keir Starmer. Les fonds prévus, estimés à 1,8 milliard de livres, seront redirigés vers des mesures de soutien au pouvoir d’achat.
Un revirement annoncé dès la campagne
Le projet de carte d’identité numérique figurait parmi les principales réformes du gouvernement Starmer. Présenté lors de la conférence du parti travailliste en 2024, il devait rendre obligatoire la présentation d’une pièce d’identité numérique pour les vérifications de droit au travail, dans le cadre d’un renforcement de la lutte contre l’immigration illégale. Les ministres de l’époque envisageaient d’en faire le « pilier de l’État moderne », selon des documents cités par la presse britannique.
Andy Burnham avait déjà laissé entendre pendant la campagne pour la direction du parti qu’il remettrait en cause ce dispositif. L’annonce officielle constitue sa première rupture majeure avec la politique de Keir Starmer depuis son accession au poste de premier ministre.
Un projet contesté dès l’origine
Le projet de carte d’identité numérique avait suscité de vives critiques depuis son annonce. L’association de défense des libertés publiques Big Brother Watch avait mené une campagne active contre le dispositif, recueillant des milliers de signatures. Des parlementaires de plusieurs partis, y compris au sein du parti travailliste, avaient exprimé des réserves sur le coût et les implications en matière de vie privée.
Le gouvernement Starmer avait progressivement assoupli sa position, annonçant quelques semaines avant la chute du gouvernement que la carte resterait facultative pour les vérifications de droit au travail. Un comité parlementaire avait souligné que le coût réel du programme pourrait dépasser les estimations officielles, l’OBR chiffrant le projet à 1,8 milliard de livres sans que le gouvernement ne fournisse de contre-estimation. Downing Street avait rejeté le chiffre de l’OBR sans publier d’évaluation alternative, ce que le comité des comptes publics avait jugé « préoccupant ».
1,8 milliard de livres redirigés
L’Office for Budget Responsibility (OBR), l’organisme indépendant de surveillance budgétaire britannique, estimait en novembre 2025 le coût du programme à 1,8 milliard de livres sterling sur trois ans. Downing Street avait contesté ce chiffre sans fournir d’estimation alternative, ce qu’un comité parlementaire avait jugé préoccupant plus tôt dans l’année. Le comité avait estimé que l’absence d’estimation gouvernementale rendait impossible tout contrôle parlementaire.
L’équipe de M. Burnham a décrit la décision comme un « rééquilibrage des priorités », les sommes étant réaffectées à des améliorations « plus tangibles » pour les citoyens. Un porte-parole a déclaré : « Tout le temps et les ressources consacrés à un programme national d’identification iront là où ils sont le plus nécessaires, notamment pour aider face au coût de la vie. »
Réactions politiques et associatives
Julia Lopez, secrétaire à la Technologie du cabinet fantôme conservateur, a déclaré que les travaillistes « ont gaspillé des millions de livres sur ce projet ». Lisa Smart, porte-parole libérale-démocrate pour le Cabinet Office, a salué « une immense victoire pour les libéraux-démocrates et tous ceux qui se sont battus contre ce projet ». Jack Coulson, responsable du plaidoyer de Big Brother Watch, a qualifié la décision de positive tout en appelant à la vigilance : « Les dangers d’une société du papier ne sont pas écartés. »
Andy Burnham doit se rendre au palais de Buckingham lundi pour être officiellement nommé premier ministre par le roi Charles III. Il devrait prononcer un discours dans la foulée pour détailler ses priorités, notamment sur le pouvoir d’achat et la décentralisation. Selon des proches, il entend faire un « départ dynamique » à son mandat en misant sur le thème du transfert de pouvoirs de Westminster vers les régions britanniques.
