La Commission européenne a infligé lundi 20 juillet 2026 une amende de 550 millions d’euros à AliExpress pour manquements au règlement sur les services numériques (DSA). La plateforme de commerce électronique est accusée de ne pas avoir suffisamment lutté contre la vente de produits illégaux, dangereux ou contrefaits.
Cette sanction, la plus élevée jamais prononcée dans le cadre du DSA, confirme les conclusions préliminaires de la Commission datant de juin 2025. L’enquête avait été ouverte en mars 2024, après que Bruxelles eut identifié des lacunes dans l’évaluation et la gestion des risques par la plateforme chinoise.
La Commission reproche à AliExpress de ne pas avoir pris de mesures efficaces pour réduire le risque de diffusion de produits illégaux. Les équipes chargées de l’examen des signalements ne disposaient que de dix à vingt secondes par alerte, selon un haut responsable européen. Les contrôles de conformité étaient par ailleurs faciles à contourner par des classifications erronées de la part des vendeurs.
Un utilisateur européen sur cinq concerné
La commissaire chargée des technologies, Henna Virkkunen, a souligné que le commerce électronique constitue une priorité majeure dans l’application du DSA, certaines plateformes vendant régulièrement des produits ne respectant pas les normes de sécurité ou environnementales de l’UE. Fin 2025, AliExpress comptait environ 193 millions d’utilisateurs mensuels dans l’Union européenne, un chiffre supérieur à celui de ses concurrents Shein (156 millions) et Temu (130 millions).
« Si ces entreprises vendent des produits illégaux en ligne, cela signifie que des millions de nos utilisateurs achètent ces produits », a averti Mme Virkkunen. La Commission s’est dite particulièrement préoccupée par la contrefaçon, un phénomène « très répandu » sur la plateforme, y compris pour des articles interdits par les conditions générales d’AliExpress.
AliExpress conteste le montant de la sanction
Le montant de l’amende, bien que record, représente moins de 1 % des 122 milliards d’euros de chiffre d’affaires générés en 2025 par Alibaba, la société mère d’AliExpress. Le DSA autorise des sanctions pouvant atteindre 6 % du chiffre d’affaires mondial. La Commission a pris en compte des circonstances atténuantes, dont la nouveauté de la législation.
Dans un communiqué, AliExpress a contesté les conclusions de Bruxelles, dénonçant une sanction « disproportionnée » qui « ne reflète pas de manière adéquate notre cadre établi ni les améliorations significatives et proactives que nous avons apportées ». La plateforme a indiqué envisager des recours pour contester cette décision.
Un plan de mise en conformité exigé d’ici octobre
AliExpress dispose désormais jusqu’au 20 octobre 2026 pour présenter un plan d’action à la Commission. Ce plan devra énoncer des mesures concrètes pour remédier aux manquements identifiés. Le comité européen des services numériques disposera d’un mois pour rendre son avis, la Commission ayant ensuite un mois supplémentaire pour adopter sa décision finale.
En cas de non-respect de la décision, l’UE peut imposer des astreintes. La Commission a précisé qu’elle continuait à dialoguer avec AliExpress pour garantir le respect du DSA.
Un précédent pour Temu et Shein
Cette amende record intervient après que Bruxelles a également ouvert des procédures contre Temu et Shein pour des motifs similaires. Le DSA, entré en vigueur en 2023, impose aux très grandes plateformes en ligne (VLOP) des obligations renforcées en matière d’évaluation des risques, de modération des contenus et de transparence. Les manquements constatés chez AliExpress portaient notamment sur l’absence de personnel suffisant pour examiner les signalements et sur des politiques de sanctions inefficaces contre les vendeurs récidivistes.
La Commission a par ailleurs souligné que la plateforme n’avait pas correctement évalué les risques liés à la diffusion de médicaments non autorisés, de dispositifs médicaux non conformes et de jouets dangereux ne répondant pas aux normes de sécurité européennes. Les investigateurs ont également constaté que les algorithmes de recommandation d’AliExpress pouvaient favoriser la visibilité de ces produits illicites.
