Volodymyr Zelensky a annoncé avoir renvoyé à la Pologne l’Ordre de l’Aigle blanc, la plus haute distinction polonaise. Cette décision intervient dans un contexte de tensions mémorielles croissantes entre Kiev et Varsovie, à la veille d’une conférence internationale sur la reconstruction de l’Ukraine.
L’Ordre de l’Aigle blanc retourné à Varsovie
Le président ukrainien a déclaré avoir restitué cette décoration, qui lui avait été remise en 2023 par les autorités polonaises. La raison invoquée est le mécontentement de Varsovie face à l’hommage rendu par Kiev à des nationalistes ukrainiens du XXe siècle, que la Pologne accuse d’avoir participé à des massacres de Polonais pendant la Seconde Guerre mondiale.
« Nous pensions que l’Ordre de l’Aigle blanc, décerné en 2023, était destiné au peuple ukrainien et à notre armée. C’est ce qui avait été déclaré à l’époque », a affirmé le président ukrainien, selon des informations rapportées par franceinfo, confirmées par l’AFP. La déclaration a été faite samedi 20 juin, en marge des tensions diplomatiques croissantes entre les deux capitales.
Ce geste diplomatique, rare dans les relations entre États, intervient alors que les relations entre les deux pays voisins sont mises à l’épreuve par des divergences profondes sur la lecture de l’histoire commune. L’Ordre de l’Aigle blanc est la plus haute distinction civile et militaire polonaise, créée en 1705 et rétablie après la chute du communisme.
Une crise mémorielle à la veille d’une conférence sur la reconstruction
Ces tensions ont éclaté à quelques jours d’une conférence internationale sur la reconstruction de l’Ukraine, qui doit se tenir à Varsovie. Les organisateurs espèrent mobiliser des financements pour la reconstruction du pays, dont les infrastructures ont été massivement endommagées par plus de quatre ans de guerre avec la Russie.
Selon des informations du quotidien Le Monde, la crise s’est aggravée après que Kiev a rendu hommage à des nationalistes ukrainiens du XXe siècle que Varsovie accuse de massacres perpétrés en Pologne pendant la guerre. Le quotidien français évoque une « crise mémorielle » entre les deux nations, qui menace d’ombrager un partenariat stratégique fondamental pour l’effort de guerre ukrainien.
La Pologne a accueilli des millions de réfugiés ukrainiens depuis le début de l’invasion russe en février 2022 et a fourni une aide militaire conséquente à l’armée de Zelensky, tant en équipements qu’en formation. Les questions mémorielles menacent toutefois de fragiliser cette alliance, à un moment où l’Ukraine fait face à une pression militaire russe soutenue sur plusieurs fronts.
Un contentieux historique récurrent
Ce n’est pas la première fois que des questions historiques créent des frictions entre Varsovie et Kiev. En 2024 et en 2025, des différends sur l’interprétation d’événements de la Seconde Guerre mondiale et de l’après-guerre avaient déjà provoqué des tensions diplomatiques entre les deux capitales. Des historiens des deux pays avaient alors tenté d’établir une commission bilatérale pour apaiser les divergences, sans résultat concret.
Au cœur des désaccords se trouve notamment la mémoire de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), active pendant la guerre et dans l’immédiat après-guerre. Célébrée par certains Ukrainiens comme un symbole de résistance nationale, elle est perçue par la Pologne comme une force responsable de massacres de civils polonais, en particulier en Volhynie en 1943.
La décision de Zelensky de renvoyer solennellement l’Ordre de l’Aigle blanc marque une escalade inédite dans ce contentieux. Ce geste intervient alors que l’Ukraine cherche à maintenir la cohésion de l’ensemble de ses alliés occidentaux, à un moment où le soutien américain fait l’objet de vifs débats politiques et où plusieurs pays européens appellent à des négociations avec Moscou.
La conférence sur la reconstruction de l’Ukraine, qui doit se tenir dans les prochains jours à Varsovie, sera l’occasion d’observer l’impact concret de ces tensions sur la coopération bilatérale polono-ukrainienne. Les deux pays devront trouver un équilibre entre la nécessaire solidarité face à la Russie et leurs divergences historiques.
