Le president hongrois Tamas Sulyok, allie de l’ancien Premier ministre Viktor Orban, a annonce samedi 18 juillet qu’il signera la reforme constitutionnelle recemment votee par le parlement, qui mettra fin a son mandat. Cette reforme, portee par le Premier ministre Peter Magyar, vise a desserrer l’emprise des allies d’Orban sur les institutions du pays.
Dans une video publiee sur Facebook, Tamas Sulyok a declare ne pas disposer de moyens constitutionnels pour s’opposer a cet amendement, qui a ete adopte par l’Assemblee nationale lundi 13 juillet. Le chef de l’Etat a indique remplir son obligation en vertu de la loi fondamentale apres avoir evalue ses options juridiques, tout en estimant que cet amendement violait les principes constitutionnels.
La reforme constitutionnelle, la 17e depuis l’arrivee au pouvoir de Viktor Orban en 2010, a ete initiee par Peter Magyar. Elu Premier ministre en avril sur une promesse de changement de regime apres seize annees de pouvoir d’Orban, le conservateur pro-europeen accuse le president et d’autres hauts responsables d’etat d’etre des marionnettes de son predecesseur. Le parti Tisza de Peter Magyar dispose d’une majorite confortable au parlement, ce qui lui a permis de faire adopter l’amendement sans difficulte.
Un depart prevu pour le 19 juillet
Selon les termes de la reforme, le mandat de Tamas Sulyok prend fin dimanche 19 juillet a minuit. La presidente du parlement, Agnes Forsthoffer, assurera l’interim a la tete de l’Etat jusqu’a l’election d’un nouveau president par le parlement, qui doit intervenir dans un delai de trente jours.
Le parti Fidesz de Viktor Orban a organise une manifestation la semaine derniere pour denoncer la reforme constitutionnelle, la qualifiant d’autocratique. De son cote, Viktor Orban a affirme que la derniere barriere etait tombee et que la tyrannie n’etait plus une menace mais une realite. Peter Magyar a salue la decision du president, declarant que le dernier obstacle a la mise en oeuvre des decisions communes a ete leve. L’ancien Premier ministre nationaliste, qui a domine la vie politique hongroise pendant seize ans, voit ainsi ses allies progressivement ecartes des institutions.
Plusieurs institutions modifiees
L’amendement retablit l’age de la retraite obligatoire a 70 ans pour les juges de la Cour constitutionnelle, ce qui entrainera le depart de son president, Peter Polt, consider comme un autre allie de Viktor Orban. Le texte retablit egalement le pouvoir de la Cour constitutionnelle de controler les lois budgetaires, une competence qui avait ete reduite sous le precedent gouvernement.
Parmi les autres mesures figurent l’instauration d’une limitation du nombre de mandats pour les parlementaires et la creation d’un nouveau Bureau national de recouvrement et de protection des actifs, dote de vastes pouvoirs pour lutter contre la corruption. Selon Peter Magyar, ces decisions visent a retablir ce que le regime d’Orban a tente de supprimer pendant des annees, notamment la certitude que le pouvoir peut etre limite et que les biens publics peuvent etre recuperes.
En Hongrie, le president ne dispose pas d’un droit de veto sur les reformes constitutionnelles et ne peut que les soumettre a la Cour constitutionnelle pour des raisons de procedure. Le chef de l’Etat dispose d’un delai de cinq jours pour promulguer un amendement constitutionnel, un delai que Tamas Sulyok a decide de respecter en depit de son opposition au texte.
Certaines organisations de defense des droits humains ont critique cette mesure. Human Rights Watch a qualifie ces ajustements de pratiques rappelant l’ere du Fidesz, l’ancien parti au pouvoir. De son cote, Tamas Sulyok a accuse le parti Tisza de Peter Magyar de bafouer les valeurs fondamentales d’une societe libre par soif de pouvoir, prevenant que cela signait la fin de l’Etat de droit democratique en Hongrie.
