La procureure Gloria Bravo a été assassinée dimanche 14 juin à Manta, ville portuaire de l’ouest de l’Équateur et bastion du narcotrafic. Sa sœur, Olinda Bravo, qui l’accompagnait, a également été tuée dans l’attaque.
Un attentat ciblé en pleine rue
L’attaque s’est produite en matinée sur l’avenue Flavio Reyes, une artère commerçante de Manta. Selon les premiers éléments de l’enquête, un homme armé s’est approché du véhicule des deux femmes et a ouvert le feu à plusieurs reprises avant de prendre la fuite. Les autorités n’ont procédé à aucune interpellation dans l’immédiat.
Le parquet général équatorien a condamné dans un communiqué ce qu’il qualifie d’« opération criminelle » visant l’une de ses magistrates. Gloria Bravo exerçait comme procureure à Manta depuis quinze ans. Elle était chargée des dossiers de crime organisé dans cette région côtière, où les groupes criminels disputent le contrôle des routes de la cocaïne.
Manta, épicentre du narcotrafic équatorien
La ville de Manta est considérée comme l’une des principales places fortes du groupe criminel Los Choneros, une organisation impliquée dans le trafic de cocaïne et les extorsions. L’Équateur est devenu une plaque tournante du narcotrafic international : environ 70 % de la cocaïne produite en Colombie et au Pérou transite par son territoire, selon les autorités.
Le pays a enregistré un taux d’homicides de 50,9 pour 100 000 habitants en 2025, l’un des plus élevés d’Amérique latine, selon les chiffres officiels. Le président Daniel Noboa a multiplié les opérations de sécurité avec le soutien des États-Unis, sans parvenir à enrayer la spirale de violence qui frappe particulièrement les provinces côtières.
Le chef historique de Los Choneros, José Adolfo Macías Villamar, surnommé « Fito », a été arrêté puis extradé vers les États-Unis l’an dernier pour trafic de drogue et d’armes. Son organisation reste néanmoins active dans la région de Manabí, dont Manta est la principale ville.
Une enquête sur un incendie suspect
Au moment de sa mort, Gloria Bravo enquêtait sur un incendie d’origine suspecte qui a détruit une trentaine de bateaux dans le port de pêche de Manta. Les circonstances de ce sinistre n’ont pas encore été élucidées. Plusieurs médias locaux ont établi un lien entre ce dossier sensible et l’assassinat de la magistrate, sans que cette hypothèse soit confirmée par les autorités judiciaires.
Cet assassinat porte à trois le nombre d’employés du parquet général tués dans la seule ville de Manta, un chiffre qui illustre la pression exercée par les réseaux criminels sur les acteurs du système judiciaire équatorien. La procureure générale de l’Équateur, Diana Salazar Méndez, a dénoncé une attaque « contre l’État de droit » et promis que les responsables seraient identifiés et poursuivis.
